1 septembre 2010
Le caractère 那 (deux traits pour le radical 阝, qui est la version simplifiée en position latérale droite du caractère 邑 yì, plus quatre traits), que je croyais simplissime, est annoncé sur Zdic avec pas moins de quatre prononciations différentes, qui sont respectivement nà, nǎ, nèi et nā.
Prononcé nà, le caractère 那 peut signifier :
1. Là, ce… -là (dans ce cas il s’oppose à 这 zhè, « ici »).
2. A l’oral, il est simplement une particule euphonique destinée à marquer une pause dans le discours : ben euh, euh…
Prononcé nǎ, il est utilisé en lieu et place de 哪 nǎ, qui est une particule interrogative : où ?, quel ? Notez qu’à Taiwan, le caractère 哪 n’est pas employé et est systématiquement remplacé par 那.
La prononciation nèi du caractère 那 est à nà ce que 这 prononcé zhèi est à zhè, i.e. la contraction de 那一 nà yī.
Enfin, le Zdic m’apprend que 那 prononcé nā est un patronyme, que pour ma part je n’ai jamais rencontré.
Ce caractère n’est donc pas si compliqué qu’il n’y paraît de prime abord.
Le dossard 31, 和, devrait l’être un peu plus.
Tags: caractères courants, 那
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31 août 2010
Il m’a fallu près de deux années de Sinoiseries pour me rendre compte qu’il manquait à ce blog une rubrique qui suffirait seule à justifier sa présence sur le réseau des réseaux : celle du vocabulaire de LA chose, rubrique immédiatement baptisée par Emilie 流氓词汇 liúmáng cíhuì : vocabulaire des coquins !
L’étincelle a surgi à l’occasion d’une visite, pendant une courte période d’oisiveté, sur un forum consacré à la langue chinoise, sur Wordreference. Un Internaute avait entendu dans un film chinois le mot 乳沟 rǔgōu, littéralement « caniveau lacté », et en demandait le signification. Le forum étant en langue rosbive, on lui donna la traduction anglaise du nom : « cleavage », mot pour lequel je trouve la traduction française approximative de « décolleté », qui ne me satisfait pas. Un décolleté se dit en effet chinois 低胸 dīxiōng (littéralement « poitrine basse »), et le mot 乳沟 sert à désigner quelque chose de très précis, qui n’est pas le décoletté, mais une portion de ce que dévoile le décolleté, i.e. la rainure médiane dont la profondeur est proportionnelle à la hauteur des sommités mammaires (appelées en chinois 乳房 rǔfáng) séparées par ladite rainure et partiellement mises à jour par la coupe basse du vêtement.
Je dois avouer qu’il m’a fallu un peu de temps et moultes recherches pour trouver la traduction française exacte de ce mot. J’en ai en fait trouvées deux : une médicale : le sillon intermammaire, et une populaire, certes très compréhensible mais manquant à mon goût de poésie : l’entre-deux-seins.
Comme nous l’avons déjà vu, les mâles de l’Empire du Milieu, mal pourvus dans la vie quotidienne de ces rondeurs thoraciques dont nous, mâles européens, ne nous étonnons plus, ont pour objets de leurs fantasmes ces dames dont les tee-shirts et pullovers ajustés sont démesurément distendus à une altitude proche de celle des aisselles, au point d’inventer le mot d’ondulation hégémonique (voir ici pour vous rafraîchir la mémoire si besoin est). Partant de là, de petits commerçants chinois industrieux ont eu l’ingénieuses idée d’ouvrir des sociétés de services à la personne, sous la forme de salons spécialisés offrant un type de massage appelé en français mazophallation, connu par certains sous le vocable d’onanisme ibérique ou encore de cravate de notaire, ce qui se dit en chinois 乳交 rǔjiāo (à ne pas confondre avec 乳胶 rǔjiāo : lait cosmétique).
Si vous ignorez (comme moi avant d’avoir consulté sur Wikipedia l’article éponyme) la signification du mot mazophallation, je vous renvoie à vos dictionnaires.
Tags: mazophallation, sillon intermammaire, 乳交, 乳沟
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31 août 2010
Le caractère 铱 yī (ayant pour clé version latérale symplifiée du radical métal 金 jīn, le caractère signifiant vêtement 衣 yī n’étant utilisé ici que pour des raisons purement phonétiques) est encore l’un de ces caractères inventés par les chimistes pour nommer les éléments chimiques nouveaux ou préalablement inconnus en Chine.
C’est à l’occasion d’une traduction dans laquelle il était question de constellations de satellites de communication (通信卫星星座 tōngxìn wèixīng xīngzuò) que j’ai rencontré ce caractère rare.
Et c’est dans une traduction de chimie organique que j’ai rencontré le 3517 : 烷.
Tags: caractères rares, 铱
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31 août 2010
Traduisant il y a quelques jours un document en chinois émanant de la filiale chinoise d’une grosse société française (dont je tairai le nom par charité), je suis extrêmement surpris par la très mauvaise qualité du document en question, et ne peux m’empêcher de me remémorer l’histoire suivante que j’avais étudiée dans le texte (en chinois classique) lorsque j’étais étudiant aux Langues’O :
L’histoire se passe à l’époque des Printemps et Automnes (春秋 chūnqiū, entre 770 et 476 avant l’ère chrétienne). Yan Ying (晏婴 yàn yīng, littéralement « Yan le nabot », car ledit Yan était d’une taille inférieure à la moyenne) était en mission diplomatique pour le compte de son souverain, le prince hégémon de Qi (齐 qí), chez le souverain de Chu (楚 chǔ). Ledit souverain voulait humilier le plénipotentiaire, et lui concocta pour cela diverses situations humiliantes dont Yan Ying, malin comme un singe, se sortit haut la main, retournant à chaque fois la situation à son avantage. Voici l’une de ces situations :
Pendant le dîner officiel, un garde de Chu traîna dans la salle un personnage enchaîné, disant que c’était un voleur que l’on venait de prendre la main dans le sac. Le prince de Chu demanda au voleur quelle était son origine, et ce dernier répondit qu’il était citoyen du pays de Qi. Le prince de Chu eut alors beau jeu de demander à Yan Ying si les gens de Qi étaient tous des voleurs, question à laquelle Ying répliqua par la parabole suivante : « 橘生淮南则为橘,生于淮北则为枳,叶徒相似,其实味不同。所以然者何?水土异也。 » Je vous épargne l’analyse lexico-linguistico-grammaticale pour vous donner directement la traduction : « Lorsqu’elles sont cultivées au sud de la rivière Huai, les oranges sont des oranges « ju » (ndt. : des oranges juteuses et sucrées à souhait), lorsqu’elles sont cultivées au nord de la Huai, ces mêmes oranges sont des oranges « zhi » (ndt. : des oranges rabougries et acides à en avoir la chair de poule), et leur goût est bien différent. Pourquoi cela ? C’est une question de terroir. » (Je demande par avance pardon aux sinologues distingués pour cette traduction certes approximative, mais qui a au moins le mérite de ne pas faire perdre de vue le sens de la phrase.)
Cela voulait dire bien sûr que le voleur en question, qui était un citoyen exemplaire au pays de Qi, s’était fait voleur sous l’influence néfaste du mauvais climat de Chu.
Cette anecdote est résumée dans le quadrisyllabe proverbial 淮橘为枳 huáijúwéizhǐ.
Je vous invite vivement à vous en souvenir et à le resservir à l’« ami » chinois qui, comme cela arrive parfois, pour illustrer que les étrangers sont de bien méchants personnages, vous citerait l’exemple d’un Occidental se comportant mal en Chine !
Pour votre culture personnelle, sachez que cette histoire est consignée dans les Annales de Maître Yan (《晏子春秋》 yànzǐ chūnqiū), datant de l’époque des Printemps et Automnes.
Tags: proverbes, 淮橘为枳
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31 août 2010
Après 着 et ses prononciations multiples, reposons-nous un peu (toutes proportions gardées) avec le caractère 就 jiù (douze traits au total, dont trois pour la clé 尢 yóu (3580), cette dernière étant en réalité une variante du caractère 尤).
Voici ce que nous dit le Zdic concernant ce caractère :
1. Peut signifier s’approcher (au sens propre et figurer) : 避难就易 bìnán jiùyì : éviter la difficulté pour « s’approcher » de (choisir) la facilité
2. Arriver, s’occuper de, commencer à accéder : 就位 jiùwèi : prendre place, 就餐 jiùcān : prendre un repas.
3. Profiter des circonstances présentes : 就近 jiùjìn : au plus près
Je comprends cependant mal pourquoi le Zdic ne parle pas (du moins dans la page principale de ce caractère) de la fonction de particule grammaticale pour laquelle 就 jiù est surtout connu.
En tant que tel, 就 jiù s’oppose à 才 cái, et signifie : « alors », « dès ce moment » (indique le caractère immédiatement consécutif d’une action).
Je vous avais dit que nous nous reposerions aujourd’hui !
Et nous continuerons à cultiver le noble art de la paresse avec le numéro 30 : 那.
Tags: caractères courants, 就
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