Néologismes (6) : Maison d’escargot

3 mars 2010

Un peu désoeuvré, je clique ce matin sur le titre d’une information qui m’interpelle dans la fenêtre surgissante que m’offre Skype à chaque fois que je lance le programme. J’atterris ainsi sur une page du site news.tom.com, qui parle des sujets chauds qui seront abordés dans les jours qui viennent lors de la troisième conférence annuelle de la 11ème CCPPC, Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois (中国人民政治协商会议 zhōngguó rénmín zhèngzhì xiéshāng huìyì, en abrégé 政协 zhèngxié). (L’article en question est disponible ici.)
Cette page est une véritable mine de néologismes, et je compte bien m’en inspirer pour deux ou trois numéros de notre série « Néologismes ».
Parlons d’abord de ces « maisons d’escargot » : 蜗居 wōjū. Le Zdic donne de ce mot les définitions suivantes : utilisé comme nom, le mot signifie 比喻极为狭小的居室 bǐyù jíwéi xiáxiǎode jūshì : sert de métaphore pour parler d’un logement très étriqué ; employé comme verbe, le mot signifie 住在狭小的居室里 zhùzài xiáxiǎode jūshì lǐ : habiter dans un logement étriqué.
Ce mot n’est pas à proprement parler un néologisme, mais il bénéficie depuis quelques mois d’un renouveau grâce à une série télévisée (电视剧 diànshìjù) éponyme qui connaît un franc succès. Cette série décrit par le détail les difficultés presque insurmontables des jeunes diplômés et jeunes travailleurs qui cherchent à acquérir un logement dans les grandes villes, où le prix du mètre carré donne aux salaires mensuels (月薪 yuèxīn) une allure de pourboire (小费 xiǎofèi). À titre d’exemple concret, Émilie et moi avons acheté en 2006 un coquet duplex au prix très raisonnable de 3.500 yuan le mètre carré, dans une banlieue (郊区 jiāoqū) peu cotée de Suzhou. À l’heure où j’écris ces lignes, Émilie est en train de revendre ledit coquet duplex au prix approximatif de 5.500 yuan, soit une augmentation d’un peu plus de 57% en quatre ans. Les salaires chinois sont bien sûr bien loins de suivre une telle évolution. “攒钱的速度永远赶不上房价上涨的速度。” cuánqiánde sùdù yǒngyuǎn gǎnbushàng fángjià shàngzhǎngde sùdù : « La vitesse à laquelle on économise l’argent ne parvient jamais à rattraper celle à laquelle augmentent les prix de l’immobilier », s’exclame l’un des personnages de la série《蜗居》. (Rappelons que le salaire mensuel d’un employé de bureau, par exemple, tourne habituellement aux alentours de 2000 à 2500 yuan dans les zones urbaines développées.) Mais le prix de vente de notre duplex reste tout à fait modique si on le compare aux prix du mètre carré à Shanghai ou à Beijing, qui peuvent atteindre des sommets vertigineux. On peut parler ici sans exagérer de « chiffre astronomique » (天文数字 tiānwén shùzì).
Le problème est que, pour fonder une famille (成家 chéngjiā), la tradition veut que le jeune homme qui veut à tout prix pénétrer dans la forteresse maritale, doit absolument acquérir la qualité de propriétaire immobilier ! Les liens du mariage sont en effet presque interdits aux locataires.
Les jeunes usent alors de tous les artifices et stratagèmes à leur disposition pour devenir à tout prix des « esclaves de la maison » (房奴 fángnú), terme qui sert à désigner ces malheureux propriétaires qui s’endettent pour trente ans, voire plus, et qui consacrent la majeure partie de leurs maigres revenus aux remboursements de leur prêt immobilier.

Affiche de la série 蜗居

Affiche de la série 蜗居

Langue populaire et argotique (41) : Mentir les yeux grands ouverts

2 mars 2010

Pour une fois, le titre de cet épisode de la série « Langue populaire et argotique » devrait être un peu moins sibyllin que d’habitude, puisqu’il est la traduction littérale de l’expression 睁着眼说瞎话 zhēngzhe yǎn shuō xiāhuà. Cette expression, qui signifie simplement « mentir effrontément », mérite tout de même que l’on s’y intéresse un peu.
Avec le mauvais esprit qui me caractérise, cette expression m’est tout de suite venue à l’esprit lorsque j’ai entendu la porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères, à l’occasion de « l’affaire Google » annonçant prématurément son retrait du marché chinois, offusquée des accusations de censure portées par la presse étrangère malveillante, s’écrier, presque au bord des larmes : 中国的互联网是开放的! (zhōngguóde hùliánwǎng shì kāifàngde) : « L’Internet chinois est ouvert ! »
Mentir peut se dire en chinois de diverses façons : 说谎 shuōhuǎng, 说谎话 shuō huǎnghuà, ou encore说假话 shuō jiǎhuà. Plus littéraire, on trouve aussi 胡言乱语 húyán luànyǔ, ou encore le très, très courant 胡说八道 húshuōbādào. Mensonge se dit aussi 假话 jiǎhuà, 谎言 huǎngyán, et 瞎话 xiāhuà (littéralement, « parole aveugle »). Avec le caractère 瞎 xiā, aveugle, on construit également des expressions sémantiquement proches, comme l’exclamation 瞎说 xiāshuō, ou encore 瞎说八道 xiāshuō bādào (« Tu dis n’importe quoi ! »).
C’est dans le mot 瞎 xiā qu’il faut rechercher la source de cette expression un peu énigmatique. Il est en effet a priori contradictoire d’écarquiller les yeux (睁眼 zhēngyǎn) pour dire des paroles « aveugles » (瞎话 xiāhuà).

Néologismes (5) : Mandarins dévêtus

23 février 2010

À la une de l’info Internet aujourd’hui : 国家预防腐败局:今年盯紧“裸官”. Traduction : « Direction Nationale de la Prévention de la Corruption : Cette année, les « fonctionnaires nus » seront surveillés de près »
- « Quid ? C’est un non-sens, le traducteur de ce titre devrait retourner sur les bancs des Langues’O ! », s’exclameront peut-être les sinoiso-novices (c’est de ce vocable qu’il me plaît aujourd’hui de baptiser les vagabonds de la toile – ils se font rares, semble-t-il – non encore initiés aux mystères de nos Sinoiseries).
- « Que nenni ! », rétorquerai-je offusqué à ceux qui oseraient mettre en doute ma maîtrise de la langue mandarine !
En voici d’ailleurs la preuve par l’énoncé de la liste du vocabulaire :
国家 guójiã : adj. national
预防 yùfáng : prévenir
腐败 fǔbài : corruption
局 jú : direction (organe administratif directeur)
国家预防腐败局 guójiā yùfáng fǔbàijú : Direction Nationale de la Prévention de la Corruption
今年 jīnnián : cette année
盯紧 dīngjǐn : surveiller de près
裸 luǒ : dénudé, dévêtu, nu
官 guān : fonctionnaire
裸官 luǒguān : fonctionnaire dénudé
C’est d’une clarté cristalline, me semble-t-il ?
Bon, il est vrai que les coupeurs de cheveux en quatre, adeptes de l’auto-excitation intellectuelle et autres sodomites zoophiles ayant un goût prononcé pour les diptères, pourront peut-être me reprocher une traduction un peu trop littérale. Peut-être, mais je n’admettrai cette critique que pour la traduction que j’avoue par trop littérale du disyllabe 裸官 luǒguān, maladroitement rendu ici par « fonctionnaires nus ».
Expliquons-nous donc sur ce mot qui entre tout à fait dans la catégorie des « sino-néologismes ».
裸官 luǒguān est en fait l’abréviation de 裸体官员 luǒtǐ guānyuán ou 裸体做官 luǒtǐ zuòguān (裸体 luǒtǐ : nu, dévêtu, dénudé). Vous voyez donc que j’avais raison !
Sauf que…
Avant tout, ne vous y trompez pas. Les fonctionnaires dévêtus ne sont pas des fonctionnaires probes, et indigents à force de probité, au point de n’avoir pas les capacités financières suffisantes pour acquérir de quoi cacher leurs parties honteuses.
On qualifie en Chine de « fonctionnaires dénudés » les fonctionnaires de rang élevé qui excercent en « célibat géographique », diraient nos militaires, c’est-à-dire que leurs conjoints et enfants vivent dans un autre endroit, de préférence, dans le cas présent, au-delà des frontières du céleste empire.
Et pourquoi ces pauvres solitaires méritent-ils donc cette année l’attention particulière de la Direction nationale de la prévention…. ?
On a en fait découvert un mode opératoire courant chez les fonctionnaires ayant amassé de façon malhonnête suffisamment de fonds pour se la dorer au soleil ailleurs qu’en Chine, qui consiste à d’abord mettre femme, enfants et fortune mal acquise à l’abri dans une démocratie occidentale, avant, une fois les sommes accumulées jugées suffisantes ou quand les oreilles commencent à leur chauffer un peu trop, de se faire la belle à l’occasion d’une mission à l’étranger.
Il est même question dans certains milieux autorisés de contrôler la situation géographique de la famille des fonctionnaires pressentis pour accéder aux fonctions les plus exposées à la corruption. Et l’on osera dire que le Pouêt-Cot-Cot ne fait rien pour lutter contre la corruption !

Devinettes et histoires drôles (16) : Zoologie appliquée

21 février 2010

Cette histoire nous est proposée par Wangyoann, lecteur attentif de Sinoiseries.

一只大象问骆驼:“你的咪咪怎么长在背上?”骆驼说:“死远点,我不和鸡鸡长在脸上的东西讲话!”蛇在旁边听了大象和骆驼的对话后一阵狂笑。大象扭头对蛇 说:“笑屁!你个脸长在鸡鸡上的,没资格!”

Vocabulaire :
大象 dàxiàng : éléphant
骆驼 luòtuo : camélidé (chameau ou dromadaire ; le contexte permet de comprendre qu’il s’agit ici de la variété à deux bosses 双峰骆驼 shuāngfēng luòtuo, donc d’un chameau, et non de la variété unibosse 单峰骆驼 dānfēng luòtuo, le dromadaire)
咪咪 mīmī : tété, sein, poitrine
长 zhǎng : grandir, pousser (pour un végétal, par exemple)
背 bèi : dos
死远点 sǐyuǎndiǎn : dégage, tire-toi, fous le camp (littéralement : « va mourir un peu plus loin »)
东西 dōngxī : chose, objet (insultant lorsque l’on s’adresse à quelqu’un)
蛇 shé : serpent
对话 duìhuà : dialogue
狂笑 kuángxiào : rire aux éclats, rire à gorge déployée
扭头 niǔtóu : tourner la tête
笑屁 xiàopì : pourquoi tu te marres ? (insultant)
资格 zīgé : qualification

Un éléphant demande à un chameau : « Comment se fait-il que tu aies les tétés qui te poussent sur le dos ? » Le chameau répond : « Dégage ! Je ne parle pas à ceux qui ont le zizi qui leur pousse sur le visage » ? Le serpent, entendant le dialogue de l’éléphant et du chameau, se met à rire aux éclats. L’éléphant tourne la tête et lui dit : « Pourquoi tu rigoles ? Toi qui a le visage qui pousse sur le zizi, tu ferais mieux de te taire ! »

Devinettes et histoires drôles (15) : Trop de JJ tue le JJ (interdite aux -18 ans)

9 février 2010

Profitons de la bonne humeur d’Émilie qui ne se dément pas. Elle nous livre aujourd’hui une nouvelle histoire drôle, moins sujette à réflexion, peut-être…

有个人做梦,天上传来一个很深沉的声音:“加一还是减一?”男的顺口说了一句“加一。”等早上起床他惊奇地发现自己竟然多了一个JJ!吓得他赶忙上医院。大夫听后说:“你回去继续做梦,人家再问你你就说减一不就完了么!”于是他赶紧照办。果然又做到了昨天的场景,天上传来一个很深沉的声音:“加二还是减二?”

Vocabulaire :
做梦 zuòmèng : rêver, faire un rêve
深沉 shēnchén : grave, profond (pour la voix)
加 jiā : ajouter, plus
减 jiǎn : soustraire, moins
顺口 shùnkǒu : (répondre) automatiquement, mécaniquement
惊奇 jīngqí : étonné, stupéfait
JJ jījī (鸡鸡) : zizi
吓 xià être apeuré, avoir très peur
赶忙 gǎnmáng : en toute hâte
大夫 dàifū : docteur, médecin
赶紧 gǎnjǐn, vite, rapidement
照办 zhàobàn : faire selon (les instructions)
果然 guǒrán : effectivement
场景 chǎngjǐng : scène, situation

Un homme est en train de rêver et entend une voix grave venue du ciel qui lui demande : « Plus un ou moins un ? » Mécaniquement, l’homme répond : « Plus un ! » Le lendemain matin, il se réveille stupéfait avec un zizi de plus. Mort de peur, il se précipite à l’hôpital. Après s’être enquis des faits, le médecin lui dit : « Vous n’avez qu’à rentrer chez vous et continuer à rêver, et quand on vous posera la question, répondez moins un, et c’est tout ! » L’homme rentre chez lui et suit le conseil de son médecin. Il se remet à rêver, se retrouve effectivement dans la même situation et entend la voix grave venue du ciel qui lui demande : « Plus deux ou moins deux ? »