Archive pour la catégorie ‘Non classé’

Caractères rares (3506) : 攮

Vendredi 11 juin 2010

Le caractère 攮 nǎng, avec la version latérale (扌) de la clé de la main (手 shǒu) ne comporte pas moins de 25 traits ! C’est à ce jour le caractère le plus compliqué que nous ayons rencontré sur Sinoiseries dans la série consacrée aux sinogrammes. Si vous vous demandez pourquoi il n’a pas été simplifié, sachez que seuls les caractères courants ont fait l’objet d’une simplification de leur graphie. Pour les autres, trop rarement utilisés, l’effort n’en valait pas apparemment la chandelle.
Le caractère 攮 désigne une dague, un poignard mince et court. On parle aussi de 攮子 nǎngzi. Ce caractère peut aussi signifier poignarder. En cherchant à quoi pouvait ressembler ce poignard, j’ai trouvé l’image ci-dessous (qui vient d’ici), qui reproduit une pièce d’un bouclier ancien, appelée 攮钩 nǎnggōu (crochet-dague ?). Exception faite de l’expression vulgaire 肏攮 càonǎng déjà citée dans le billet consacré au caractère , je n’ai pas trouvé d’autres utilisations de ce caractère.

Presque rien à voir : Lu Wenfu et son « Gastronome »

Vendredi 11 juin 2010

Après Huysmans, pour varier les plaisirs, je me suis littéralement régalé d’une n-ième lecture du « court roman » (ou « longue nouvelle », je ne sais pas très bien comment traduire en français l’expression 中篇小说 zhōngpiān xiǎoshuō, littéralement « oeuvre de fiction de moyenne ampleur », tandis que la nouvelle se dit 短篇小说 duǎnpiān xiǎoshuō, et le « roman » au sens où nous l’entendons 长篇小说 chángpiān xiǎoshuō, le mot 小说 xiǎoshuō signifiant stricto sensu « oeuvre de fiction », et non « roman » comme on a parfois tendance à le traduire) de Lù Wénfū 陆文夫 : 《美食家》 měishíjiā, littéralement « Le Gastronome », traduit en français sous le titre de Vie et Passion d’un gastronome chinois, et édité aux excellentes éditions Picquier.
Je ne suis pas un spécialiste de la littérature chinoise moderne, et j’avoue que je n’ai entendu parler de Lu Wenfu que lorsque je suis arrivé à Suzhou, début 2000. Cet écrivain, natif de Taixing (泰兴 tàixīng), dans la province du Jiangsu, s’est fait pourrait-on dire « naturaliser » suzhoulais, si bien que même certains « spécialistes » occidentaux de la littérature chinoise moderne croient qu’il est originaire de cette ville. C’est vrai qu’il a passé dans ce paradis terrestre une bonne partie de sa vie (il y est d’ailleurs décédé en juillet 2005). Il est l’initiateur de la littérature dite « des ruelles » (小巷文学 xiǎoxiàng wénxué), il a créé la Revue de Suzhou (《苏州杂志》 sūzhōu zázhì, (dans laquelle j’ai eu l’honneur de publier quelques articles à l’époque où j’avais le luxe de ne pas avoir besoin de travailler à plein temps), et fondé ce qui était, mais n’est malheureusement plus du tout, LE restaurant-phare de la cuisine de Suzhou : le « Vieux Suzhou » (老苏州 lǎo sūzhōu), situé dans la vieille ville, rue des Dix Perfections (十全街 shíquánjiē).
Son « gastronome » est la plus connue de ces oeuvres, et, parlant abondamment de gastronomie de Suzhou, c’est aussi ma préférée. La description donnée au début du livre sur la manière de consommer les nouilles à la suzhoulaise est proprement succulente (même si elle aurait pu faire l’objet d’une description plus complète, et même si le restaurant plusieurs fois cité par Lu, Zhuhongxing 朱鸿兴 zhūhóngxīng, n’est pas, et de très loin, le meilleur restaurant de nouilles de la ville).
Je me suis procuré à Phnom Penh, à la librairie Carnet d’Asie (rue 184, près du boulevard Monivong, que je vous recommande chaudement si vous êtes égaré à Phnom Penh et en manque de lectures gauloises) la traduction d’Annie Curien et Feng Chen, dans la collection Picquier Poche, préfacée par Françoise Sabban. Honnêtement, la traduction me semble bien plate et j’y trouve beaucoup à redire, de même que la préface de Françoise Sabban, qui, à mon goût, manque un peu de saveur. Cet ouvrage mérite bien une traduction haute en couleurs, fleurant bon le porc en sauce rouge, le poisson frit et la ciboulette. Je voulais d’ailleurs me livrer à une critique en règle de MMme Curien et Sabban jusqu’à ce que je prenne mes renseignements : Mme Curien est « sinologue, traductrice, spécialiste de la littérature chinoise, … chargée de recherche au CNRS et enseignante à l’EHESS » ; quant à Mme Sabban, elle est LA spécialiste de l’histoire de la gastronomie chinoise. Je réfrène donc (pour l’instant) mes critiques. Je reviendrai cependant dans un autre billet sur l’aspect gastronomique de la traduction d’Annie Curien, qui n’a visiblement jamais dégusté le moindre gramme de nouille suzhoulaise.
Je recommande malgré tout à ceux qui ne maîtrisent pas encore assez la langue de Hu Jintao, la lecture de cette traduction. Je vous mets même un lien ci-dessous, qui vous permettra de l’acquérir chez Amazon (et, je n’en doute pas, me rapportera des milliers d’euros de com et me permettra de cesser de travailler à plein temps et de commettre de nouveaux articles pour la Revue de Suzhou ☺).

Jinologie (2) : Définition (deuxième partie)

Mercredi 12 mai 2010

Nous avons vu dans la première partie de notre essai de définition de la jinologie (金学 jīnxué) que les pistes étymologique, historique et étrangère menaient à des impasses. Mais il reste une piste que nous n’avons pas explorée : la piste « abréviative ».
Les abréviations sont en effet fréquentes en chinois. Lorsque l’on veut abréger un mot ou une expression, on ne procède pas en abrégeant la graphie des caractères, mais on prend en général le premier caractère du mot ou le premier caractère des mots-clés composant l’expression. Par exemple, 法 fǎ est l’abréviation de 法兰西 fǎlánxī, qui est une transcription phonétique et qui signifie France ; 中共 zhōnggòng est l’abréviation de 中国共产党 zhōngguó gòngchǎndǎng, parti communiste chinois. Mais parfois, pour des questions d’habitude ou pour faciliter la compréhension, dans les abréviations d’expressions en plusieurs mots, on ne prend pas le caractère de chaque mot : ainsi 东盟 dōngméng, ASEAN, est l’abréviation de 东南亚国家联盟 dōngnányà guójiā liánméng, l’Association des Nations d’Asie du Sud Est.
Nous devons donc nous interroger pour savoir si le 金 jīn de 金学 jīnxué ne serait pas l’abréviation d’un mot, ce qui pourrait nous éclairer sur la signification de ce mot. Ne perdons pas de temps à nous interroger quant à savoir si 学 xué peut ou non être l’abréviation d’un autre nom : nous avons en effet établi dans la première partie qu’il s’agissait tout simplement de l’équivalent du suffixe « -logie ».
Malheureusement, ma connaissance de la langue chinoise est somme toute parcellaire, et je me vois dans l’obligation d’imposer au lecteur un cheminement poussif, en éliminant une à une les diverses expressions dont 金 jīn pourrait être l’abréviation.
L’humaniste qui sommeille en moi pense en tout premier lieu à l’expression 金石 jīnshí, littéralement « métal et pierre », qui sert à désigner l’épigraphie chinoise. La lecture de l’article 金石 jīnshí de l’encyclopédie en ligne (在线百科全书 zàixiàn bǎikēquánshū ; 在线 zàixiàn : en ligne (dans le sens internautique du terme) ; 百科全书 bǎikēquánshū : littéralement « la collection complète de livres sur les cent savoirs » : encyclopédie) Baidu nous apprend que l’épigraphie chinoise, dont les origines remontent à l’époque de la dynastie des Song du Nord (北宋 běisòng), est en quelque sorte l’ancêtre de l’archéologie (考古学 kǎogǔxué) moderne. Elle consiste en l’étude des inscriptions sur bronzes et sur stèles de pierre, qui donnent entre autres choses des foules d’informations historiques et qui sont parfois le prétexte à exercer leurs talents pour les sino-calligraphes en herbe. Baidu m’apprend pas ailleurs que l’expression 金学 jīnxué peut effectivement être l’abréviation de 金石学 jīnshíxué, mot qui signifie « épigraphie ». Nous brûlons ! Cependant, pour aussi intéressante que soit l’épigraphie chinoise, ce n’est ni aux stèles funéraires ni aux inscriptions de l’époque des Royaumes Combattants (战国 zhànguó) sur vases tripodes (鼎 dǐng) que s’intéresse la jinologie dans le sens où nous l’entendons.
Remarque : Ne croyez pas que j’aligne ici le vocabulaire seulement pour le plaisir ! Tout ce vocabulaire nous sera utile dans la suite de notre cursus jinologique.
Une autre piste intéressante peut être trouvée dans le titre du célèbre roman classique chinois, longtemps interdit par les prudes censeurs des deux côtés du détroit de Formose pour son contenu érotique : je veux parler du 金瓶梅 jīpíngméi, traduit dans la collection de la Pléiade sous le titre de Fleur en fiole d’or. Il est vrai que ce roman, écrit à l’époque de la dynastie des Ming (明朝 míngcháo), est le premier roman chinois s’intéressant à la vie du bas peuple chinois de l’époque, et mérite à ce titre une étude attentive. Et de fait, on parle parfois de 金学 jīnxué pour désigner l’étude qui se consacre corps et âme à Fleur en fiole d’or, au même titre que l’on parle de 红学 hóngxué lorsqu’il s’agit d’étudier par le détail le Rêve dans le pavillon rouge (红楼梦 hónglóumèng), autre roman majeur de la littérature chinoise classique. Alors ? La rubrique jinologique va-t-elle s’intéresser aux moeurs sexuelles de l’époque Ming ? Et bien non, décevons sans tarder les « loups colorés » (色狼 sèláng, expression imaginée servant à désigner dans la langue populaire les obsédés sexuels) qui rodent sur Sinologie à la recherche d’éléments croustillants. Nous sommes cependant sur la bonne piste, soyez-en sûr !
Pour savoir enfin quel sera l’objet (tant convoité, j’espère) de notre série « jinologie », je crains bien qu’il vous faille attendre le prochain épisode, car j’ai déjà dépassé le nombre maximum de lignes que je me suis fixé par billet.
(L’image ci-dessous vient d’ici)

Impromptu humoristique

Vendredi 9 avril 2010

En allant faire quelques courses au marché russe de Phnom Penh, au carrefour de l’avenue Norodom et de l’avenue Mao Tsé-Toung, nous remarquons en passant un notaire qui a fait placarder sur le côté de sa porte d’entrée une superbe banderole verticale en chinois, probablement pour attirer l’attention des clients chinois potentiels qui, pour une raison ou une autre, auraient besoin de faire notarier tel ou tel autre document.
Voici ladite banderole, qu’Émilie est allée spécialement photographier ce matin :

Elle dit 公証處 (en caractères simplifiés : 公证处) gōngzhèngchù, « Bureau Notarial ». C’est bien l’expression consacrée, utilisée tant en Chine continentale qu’à Formose, rien à redire… sauf que le caractère central est à l’envers ! « Lol », comme dirait ma fille ! Ou « mdr », si vous préférez. La clé de la parole (言 yán) devrait bien entendu se trouver à gauche du caractère. De plus, précisons pour les puristes que le caractère traditionnel qui devrait être utilisé dans l’expression est 證, et non 証.
Que cela serve de leçon à ceux qui seraient tentés, pour faire des économies, de ne pas faire appel à des traducteurs professionnels !

Glossaire français-chinois de l’agroalimentaire, nouvelle version

Mardi 29 décembre 2009

Annonce spéciale pour les amateurs de vocabulaire gastronomique :
J’ai enfin trouvé enfin le temps de mettre en forme mon petit glossaire agroalimentaire français-chinois. La nouvelle version revue et augmentée compte environ 2500 termes et expressions, et elle est disponible sur Sinogastronomie, dans la rubrique « A télécharger ».
Si vous voulez gagner du temps, cliquez ici pour accéder directement au fichier pdf. Faites un clic droit sur ce même lien et choisissez « Enregistrer sous » pour enregistrer le fichier sur votre ordinateur.
Attention : Le fichier, au format pdf, comprend 36 pages et pèse près de 1,7 Mo !