Archive pour la catégorie ‘Vocabulaire d'actualité’

Vocabulaire d’actualité (9) : Affaire Anelka

Dimanche 20 juin 2010

Au grand désespoir de mon fils aîné, je ne suis pas un fan de foot (球迷 qiúmǐ, passionné du « ballon », football se disant 足球 zúqiú), et la coupe de monde (世界杯 shìjièbēi) qui se déroule en ce moment en Afrique du Sud (南非 nánfēi) me laisse d’autant plus indifférent que l’équipe de France (法国队 fǎguóduì) y fait une prestation lamentable. Mais ce matin, en lisant Le Monde sur son site Internet, impossible de ne pas voir le grand titre du jour : Anelka (阿内尔卡 ānèi’ěrkǎ) vient de se faire jeter (被逐 bèizhú) comme un malpropre de l’équipe nationale (国家队 guójiāduì). Et comme cette information fait aussi la une de la presse en réseau chinoise, je me dis qu’il s’agit là de l’occasion de réactiver un peu cette rubrique « actualité » qui souffre plus qu’une autre de ma paresse chronique.
Tom.com publie aujourd’hui une série d’articles sur ce que l’on peut appeler l’« affaire Anelka » (affaire dans ce sens se dit en chinois 事件 shìjiàn). J’en ai choisi un, que vous pourrez lire ici (ou télécharger ici au format pdf), sur lequel je m’appuie pour donner un peu de vocabulaire vaguement footballistique.
On dit donc que si Monsieur Anelka s’est fait virer, c’est surtout à cause d’un mouchard (内鬼 nèiguǐ, littéralement « démon de l’intérieur ») qui a vendu la mèche (爆料 bàoliào) sur une affaire somme toute lamentable, provoquant ainsi l’ire (愤怒 fènnù) du capitaine de l’équipe (队长 duìzhǎng). Le motif ? C’est bien sûr le fait qu’il a insulté (侮辱 wǔrǔ, qui signifie aussi outrager, déshonorer) ce pauvre Domenech (多梅内克 duōméinèikè), qualifié dans l’article chinois d’« entraîneur en chef » (主教练 zhǔjiàoliàn, 教练 jiàoliàn signifiant « entraîneur », ou, pour faire plus sportif, « coach »), et qu’en plus il a refusé de présenter des excuses (道歉 dàoqiàn). Le problème semble être que l’insulte évoquée ait été proférée dans les vestiaires (gēngyīshì 更衣室), et qu’elle n’aurait pas dû en sortir.
On parle aussi d’un véritable complot ourdi contre l’équipe de football (球队 qiúduì), qui sans cela, n’en doutons pas un seul instant, remporterait la coupe et deviendrait championne du monde (世界冠军 shìjiè guànjūn) !
L’article chinois continue en expliquant que les frictions entre joueurs (球员 qiúyuán) et entraîneurs sont monnaie courante (家常便饭 jiācháng biànfàn), et cite même l’exemple du gardien de but (守门员 shǒuményuán) allemand Schumacher (舒梅切尔 shūméiqiē’ěr) qui n’avait pas toujours été dans les meilleurs termes avec Ferguson (弗格森 fúgésēn), ou de Gullit (古力特 gǔlìtè) qui aurait un jour attrapé Capello (卡佩罗 kǎpèiluó) au collet.
Le capitaine de l’équipe de France (法国队队长 fǎguóduì duìzhǎng) Evra (埃弗拉 āifúlā) déclare quant à lui que le problème n’est pas l’insulte lancée par Anelka à la tête de Domenech (il est vrai que celui-ci est devenu la tête de Turc préférée des 60 millions de sélectionneurs que compte notre pays et fera le bouc émissaire 替罪羊 tìzuìyáng idéal à l’issue du mondial), mais le traître (背叛者 bèipànzhě) qui a livré l’information aux médias (媒体 méitǐ).
Et l’article chinois de prédire que si la suite de la prestation de notre équipe nationale est à l’image des dernières rencontres disputées, cette équipe deviendra la honte (耻辱 chǐrǔ) du football français (法国足球 fǎguó zúqiú).
… Sur ce, je retourne à mes chères études chinoises.

Vocabulaire d’actualité (8) : Affaire Gome

Mercredi 19 mai 2010

L’une des grandes affaires de corruption jugées cette année en Chine est celle de Huang Guangyu, ancien président du groupe Gome (groupe de distribution d’électroménager – 家电 jiādiàn –, entre autres choses), qui vient d’être condamné en première instance à 14 années de prison. Son épouse et lui écopent d’une amende d’un milliard de yuan.
Voici un petite article à ce sujet que j’ai trouvé sur tom.com.
黄光裕案一审宣判 涉嫌三罪获刑14年
中新网5月18日电 备受关注的国美集团原董事局主席黄光裕涉罪案今日一审宣判,北京市第二中级法院以非法经营罪,内幕交易、泄露内幕信息罪和单位行贿罪判处黄光裕有期徒刑14年。
2008年11月18日,黄光裕涉嫌内幕交易罪案发,被北京市公安局监视居住;2009年3月2日被实施逮捕;9个月后,黄光裕案因一项新的罪名———单位行贿罪被退回补充侦查。
2010年2月12日,北京市人民检察院第二分院提起公诉。4月14日和15日下午,法庭针对黄光裕案进行了为期一天半的庭前证据开示。在该程序中,律师针对检方的证据提出质证意见。
2010年4月22日,在被羁押17个月之后,黄光裕案在北京市二中院公开开庭审理。
根据北京市人民检察院第二分院的起诉书,国美公司、鹏房公司、黄光裕的涉罪事实为:2007年9月至11月,黄光裕违反国家有关规定,非法买卖港币8.22亿余元;2007年4月至9月,黄光裕作为北京中关村(7.20,-0.10,-1.37%)科技发展(控股)股份有限公司的实际控制人、董事,在决定该公司与其他公司资产重组、置换事项期间,指使他人使用其控制的82个股票账户购入该公司股票,成交额累计人民币14.15亿余元。至上述资产重组、置换信息公告日,上述股票账户的账面收益额为人民币3.09亿余元。此外,2006年至2008年间,黄光裕作为国美公司和鹏房公司的法定代表人,为给两公司谋取不正当利益,直接或指使他人给予相怀珠等5名国家工作人员的款物折合人民币456万余元。

Le titre de l’article nous explique que Huang Guangyu, soupçonné (涉嫌 shèxián) de trois « crimes », vient d’ être condamné en première instance (一审宣判 yīshěn xuānpàn) à une peine (获刑 huòxíng) de 14 années d’emprisonnement (有期徒刑 yǒuqī túxíng : peine d’emprisonnement « à durée déterminée » ; la peine d’emprisonnement à perpétuité (en chinois « à durée indéterminée ») est appelée quant à elle 无期徒刑 wúqī túxíng).
Suit un petit compte-rendu de ce qui est reproché à l’ancien président (主席 zhǔxí) du directoire (董事局 dǒngshìjú) du groupe Gome (国美集团 guóměi jítuán). Entre autres choses, on reproche à ce monsieur un délit d’initié (内幕交易罪 nèimù jiāoyìzuì) et de la corruption active (行贿 xínghuì). Après avoir été placé en résidence surveillée (被监视居住 bèijiānshì jūzhù) à partir de novembre 2008, il a finalement été interpellé (逮捕 dàibǔ) en mars 2009. L’affaire a d’abord été renvoyée pour complément d’enquête (补充侦查 bǔchōng zhēnchá) suite à l’ajout d’un nouveau chef d’inculpation (罪名 zuìmíng).
L’ouverture du procès a donné lieu à une audience préliminaire (庭前证据开示 tíngqián zhèngjù kāishì), pendant laquelle l’avocat (律师 lǜshì) a émis des doutes quant à certaines preuves (证据 zhèngjù).
Huang Guangyu a finalément été jugé lors d’un jugement en audience publique (公开开庭审理 gōngkāi kāitíng shěnlǐ).
L’article expose également les crimes exposés dans l’acte d’accusation (起诉书 qǐsùshū) présenté par le parquet (检察院 jiǎncháyuàn). Entre autres choses, il est reproché à Huang Guangyu et au groupe Gome d’avoir versé en pots-de-vin l’équivalent de plus de 4,5 millions de yuan à des agents de l’État (国家工作人员 guójiā gōngzuò rényuán).

Vocabulaire d’actualité (7) : L’expo…

Dimanche 11 avril 2010

Bien malin celui qui parviendrait à vivre en Chine sans savoir que, après les JO de Pékin, l’Empire du Milieu se prépare depuis moultes années à accueillir un nouvel évènement majeur : l’Exposition Universelle de 2010 (nom officiel : 2010年上海世博会 2010 nián shànghǎi shìbóhuì), que la ville de Shanghai s’apprête fièvreusement à inaugurer dans une vingtaine de jous seulement… Cet évènement planétaire valait bien que Sinoiseries y consacre un petit billet, que je choisis de classer dans la série « Vocabulaire d’actualité ».
Cette « exposition universelle » (que l’on traduit normalement 世界博览会 shìjiè bólǎnhuì, mais que l’on ne connaît pratiquement en Chine que sous son appellation abrégée 世博会 shìbóhuì, voir sous l’abréviation de l’appellation abrégée : 世博 shìbó) sera donc inaugrée (开幕 kāimù) dans moins de trois semaines dans la ville de Shanghai (上海市 shànghǎishì) (qui, rappelons-le au passage, est ce que l’on appelle une « municipalité relevant directement du pouvoir central » : 直辖市 zhíxiáshì). Pour accueillir cette exposition, la ville de Shanghai a spécialement réservé un « parc » (园区 yuánqū), dans lequel seront accueillis les nombreux pavillons (展馆 zhǎnguǎn).
Le site officiel (官方网站 guānfāng wǎngzhàn) est disponible en plusieurs langues : chinois simplifié, chinois traditionnel, anglais, français, japonais (tiens, pas d’espagnol !). Il y a même un « site audiovisuel » (视听网 shìtīngwǎng).
Sur ce site officiel, vous trouverez toutes les informations utiles : pavillons, évènements (活动 huódòng), forum (论坛 lùntán, sur lequel les critiques ne sont pas les bienvenues), services (服务 fúwù), volontaires (志愿者 zhìyuànzhě), plans (地图 dìtú)…
L’expo a donné également l’occasion à des maisons d’édition de tenter de renflouer un peu leurs caisses : une section du site nous donne des informations sur les publications (出版物 chūbǎnwù) spécialement dédiées à l’évènement, dont un Manuel pratique d’anglais de l’expo (《世博英语使用手册》 shìbó yīngyǔ shíyòng shǒucè ). Mais gageons que cet ouvrage que je devine haut en couleurs n’aura qu’une influence limitée sur le méconnaissance générale que le peuple chinois a des langues étrangères.
Depuis plusieurs années, les voyageurs qui passent par l’aéroport international de Pudong (浦东国际机场 pǔdōng guójì jīchǎng) auront certainement remarqué la mascotte de l’expo, prénommée Haibao (海宝 hǎibǎo, littéralement « bébé de Shanghai », et non « trésor de mer »), que je trouve particulièrement laide, mais bien entendu cet avis n’engage que moi.
Plus prosaïquement, le site officiel vous donne également des informations sur la billeterie (票务 piàowù). Sachez que les billets se vendront entre 90 et 200 yuan pièce. Il est à ne pas douter que des petits malins (que l’on qualifie en Chine de « boeufs jaunes » 黄牛 huángniú) vont vouloir écouler des faux billets, ou des billets au prix du marché noir, comme cela a été le cas pour les JO.
Cet évènement ne manquera pas de donner l’occasion aux autorités chinoises de resserrer un peu plus la vis sous prétexte de garantir la sécurité. Il paraît que des mesures spéciales ont d’ores et déjà été prises pour la délivrance des visas.
Pour dire le fond de ma pensée (说句心里话 shuō jù xīnlǐhuà), je suis heureux de me prélasser sous le soleil de Phnom Penh et d’échapper aux désagréments divers et variés qui s’annoncent pour ceux qui vient dans la mégapole chinoise et ses environs !

Haibao, la mascotte de l'Expo de Shanghai

Haibao, la mascotte de l'Expo de Shanghai

Vocabulaire d’actualité (6) : Google jette finalement l’éponge ?

Mardi 23 mars 2010

On apprend aujourd’hui que, malgré les dénégations plus ou moins molles de Google en début d’année, le plus grand moteur de recherche de la planète décide finalement de quitter la Chine. Voyons en peu ce que dit tom.com dans un article paru ce jour (l’article en question est disponible ici).
Le titre : 谷歌将搜索业务转至香港 新闻办网络局就此回应 / Google (谷歌 gǔgē) va transférer ses activités de recherche à Hong-Kong ; la Direction des réseaux du Bureau de l’information réagit
L’autorité gouvernementale chinoise dont il est question ici est la Direction des réseaux (网络局 wǎngluòjú), qui est subordonnée au Bureau de l’information (新闻办公室 xīnwén bàngōngshì, en abrégé 新闻办 xīnwénbàn, dont l’importance stratégique est dénotée par le fait qu’il relève directement du Conseil des Affaires de l’État 国务院 guówùyuàn, et non d’un ministère).
Google explique en fait qu’il se refuse désormais à « filtrer les informations nuisibles » (对有害信息过滤 duì yǒuhài xìnxī guòlǜ). En réaction à cette décision, le responsable de la Direction des réseaux exprime le mécontentement et la colère (不满和愤慨 bùmǎn hé fènkǎi) des autorités.
En janvier dernier déjà, Google avait déclaré ne plus souhaiter exploiter un moteur de recherche Internet (互联网搜索引擎 hùliánwǎng sōusuǒ yǐnqíng) (notez que 引擎 yinqíng est la transcription phonétique du mot anglais « engine »). À l’époque, les autorités chinoises avaient insisté sur le fait que les sociétés étrangères qui travaillent en Chine doivent respecter les lois chinoises (应当遵循中国法律 yīngdāng zūnxún zhōngguó fǎlǜ).
Gageons que cette décision de Google n’aura aucune influence sur la politique du Pouêt-Cot-Cot en matière de censure, et que le principal moteur de recherche chinois (Baidu 百度 bǎidù) doit se réjouir de ces développements. Quant aux Internautes chinois, ce n’est pas encore aujourd’hui qu’ils auront librement accès à des sources d’informations libres.

Page de recherche du google chinois sur Tian'anmen. www.google.cn reste accessible aujourd'hui 23 mars 2010, mais la mention qui disait que, conformément à la loi chinoise, certains résultats ne sont pas affichés, qui était systématiquement ajoutée en bas de page, a disparu.

Page de recherche du google chinois sur Tian'anmen. www.google.cn reste accessible aujourd'hui 23 mars 2010, mais la mention qui disait que, conformément à la loi chinoise, certains résultats ne sont pas affichés, qui était systématiquement ajoutée en bas de page, a disparu.

Vocabulaire d’actualité (5) : Fonctionnaires gourmands

Dimanche 10 janvier 2010

Le sujet de cet épisode de la série « Vocabulaire d’actualité » m’a été suggéré par Émilie, qui m’annonce ce matin que, depuis 30 ans, ce sont quelque 4000 hauts fonctionnaires chinois corrompus qui se sont enfuis à l’étranger, emportant chacun avec eux, en moyenne, 100 millions de yuan (pour mettre ce chiffre en perspective, notons que 100 millions de yuan représentent plus de 9200 ans du salaire minimum d’un ouvrier chinois dans la ville côtière chinoise où je travaillais encore il y a quelques mois comme directeur d’usine !).
Nous consacrerons donc cet épisode aux « fonctionnaires gourmands » (贪官 tānguān), puisque c’est sous cette appellation que sont désignés ceux qui détournent les deniers publics.
Le caractère 贪 tān peut en fait signifier gourmand ou avide. D’une personne qui est gourmande, justement, on dit qu’elle est « avide de manger » 贪吃 tānchī. Zdic nous dit en fait que ce caractère signifie 不知足 būzhīzú : être insatiable, ne jamais en avoir assez. Le corruption se dit quant à elle 贪污 tānwū, dont la définition exacte est 利用职权非法地取得财物 lìyòng zhíquán fēifǎde qǔdé cáiwù : obtenir illégalement des richesses en profitant des pouvoirs de sa charge. De ceux qui détournent de l’argent, on dit qu’ils 贪钱 tānqián.
D’après la très officielle source consultée pour ce billet, le nombre de fonctionnaires (官员 guānyuán, le terme signifie à l’origine « fonctionnaire », mais s’applique surtout aux hauts fonctionnaires, les fonctionnaires ordinaires étant appelés 公务人员 gōngwù rényuán : agents du service public) en fuite à l’étranger (外逃 wàitáo) s’élève effectivement à 4000, chacun ayant détourné (卷走 juǎnzǒu : littéralement « enrouler et partir ») en moyenne (人均 rénjūn : « chaque personne en moyenne ») quelque 100 millions de yuan.
Signalons tout de suite, pour faire taire les personnes mal informées qui persistent à dire que la Chine est le paradis sur terre, qu’il s’agit là des chiffres officiels annoncés par le service des contrôles de la commission de la discipline du comité central du Parti (中央纪委监察部 zhōngyāng jìwěi jiānchábù) (voir la source donnée ci-dessous).
Le gouvernement chinois explique qu’il lutte activement contre la corruption des fonctionnaires (官员腐败 guānyuán fǔbài), et qu’il a pour cela signé des accords avec plusieurs pays pour que les coupables puissent être renvoyés en Chine et jugés (绳之以法 shěngzhīyǐfǎ : traiter selon les rigueurs de la loi). Le gouvernement chinois cherche en effet souvent à faire extrader (引渡 yǐndù) les coupables, souvent sans succès d’ailleurs. Signalons au passage que plusieurs d’entre eux sont en France.

Source pour ce billet : 我国外逃官员达4000人 人均卷走1亿元 (4000 hauts fonctionnaires chinois sont en fuite à l’étranger – Chacun d’entre eux a détourné en moyenne 100 millions) (http://news.sina.com.cn/c/2010-01-10/104619437396.shtml)