Langue populaire et argotique (24) : Appendice morbide
Jeudi 30 avril 2009Ma belle et douce Emilie se plaint que depuis que je travaille en usine et que je fréquente quotidiennement le petit peuple, mes bonnes manières se sont sensiblement dégradées, linguistiquement parlant. Pour ne pas la contredire, je parlerai aujourd’hui d’un bien vilain mot dont l’usage m’est familier depuis que je tente de faire comprendre à mes ouvriers qu’il faut produire, et produire encore et toujours, plus vite et mieux.
Le caractère dont il est question est sémantiquement et éthymologiquement proche d’un autre caractère que nous déjà avons vu sur Sinoiseries : 屄 bī, qui sert, rappelons-le, à désigner l’appareil génital féminin, et qui est fréquent dans les insultes. Il s’agit du caractère 屌 diǎo, qui désigne à l’origine l’appareil génital masculin. Il se décompose en 尸 shī, le cadavre, et 吊 diào, suspendre (d’où le titre équivoque du présent billet).
Comme il se doit, ce caractère brille par son absence du choix pourtant fourni du Xinhua zidian 《(新华字典》).
Le Zdic donne de ce caractère la définition suivante : 1. 男人的外生殖器官 nánrénde wàishēngzhì qìguān : organe génital externe de l’homme : 2. 常用作骂人的话 cháng yòngzuò màrénde huà : souvent utilisé comme insulte.
En réalité, je le connais utilisé comme adjectif. Ex. : 这个屌东西 zhège diǎo dōngxi, que je traduirais librement par « ce p… de machin ».
Une référence littéraire ? Dans sa pièce intitulée La Maison de Thé (《茶馆》 cháguǎn), le dramaturge moderne Laoshe (老舍 lǎoshé) fait dire à l’un de ses personnages : « 屌!揍他个小舅子!» (P… ! On va lui casser la g… à ce petit … »). (揍 zòu : frapper, ici « casser la gueule »; 小舅子 xiǎojiùzi : peut désigner le frère cadet du mari, ou celui de la mère, n’ayant pas le contexte du dialogue, je ne me prononce pas.)
Notez également que, ce caractère étant tout de même rare, il arrive qu’il soit remplacé par le caractère 吊, prononcé normalement « diào », au quatrième ton, mais prononcé « diǎo », au troisième ton, dans l’emploi dont il est question ici.
A utiliser avec la plus grande parcimonie et la plus extrême prudence !
