Archive pour mai 2009

Glossaire général : Mise à jour – 1er juin 2009

Dimanche 31 mai 2009

La version 4.0 du glossaire Sinoiseries vient d’être mise à disposition. Il comporte maintenant 23 pages et environ 750 entrées, et contient tout le vocabulaire utilisé sur Sinoiseries jusqu’au 30 mai 2009. Vous pouvez le consulter en ligne ou le télécharger. Pour cela, voir la page « A télécharger ».

Devinettes et histoires drôles (10) : L’indicible

Samedi 30 mai 2009

Enoncé :
哑少女。
Yǎ shàonǚ.
Jeune fille muette.
猜一句成语,四个字。
Cāi yījù chéngyǔ, sìge zì.
Deviner un proverbe, en quatre caractère.
(Un indice vous est donné dans le titre de cet épisode)
Réponse :
妙不可言。
Miào bù kě yán
D’une subtilité impossible à exprimer.
Explication :
Il s’agit ici bien sûr d’un jeu entre le terme 少女 shàonǚ, jeune femme, et le caractère 妙 miào, subtil, composé des deux caractères 女 et 少.
Remarque : Attention, le caractère 少 shǎo prononcé au troisième lorsqu’il signifie « peu », doit se prononcer au quatrième ton quand il signifie « jeune ». Une autre expression avec ce caractère : 男女老少 nánnǚ lǎoshào : « homme et femmes, vieux et jeunes », « tout le monde ».

Vocabulaire :
哑 yǎ : muet, enroué (voix) adj.
少女 shàonǚ : jeune fille

Vocabulaire agrifood (11) : Gâteaux de riz glutineux enveloppés dans des feuilles de bambou (粽子)

Jeudi 28 mai 2009

Le saviez-vous ? C’est aujourd’hui 28 mai 2009 le cinquième jour du cinquième mois du calendrier lunaire chinois, autrement dit, le jour de la « Fête des Bateaux Dragons », ou duanwujie (端午节 duānwǔjié). C’est l’occasion ou jamais de voir le vocabulaire qui se rapporte aux « gâteaux de riz glutineux enveloppés dans des feuilles de bambou », ou, plus prosaïquement, aux zongzi(粽子 zòngzi). La tradition veut en effet que, ce jour-là, on déguste, en l’honneur du poète patriote Qu Yuan, au moins une portion de ce mets traditionnel.
Les variations sur le thème du zongzi sont infinies, mais on trouve tout de même quelques points communs à toutes les variantes : on utilise toujours du riz glutineux (糯米 nuòmǐ, connu aussi sous le nom plus folklorique de « riz gluant »), qui est parfois long grain (on parle alors de 长糯米 chángnuòmǐ), enveloppé dans des « feuilles pour zongzi » (粽叶 zòngyè, il s’agit en général de feuilles de bambou 竹叶 zhúyè ou de feuilles de roseau 苇叶 wěiyè, plus rarement de feuilles de lotus 荷叶 héyè), ficelées avec de la « ficelle pour zongzi » (粽绳 zòngshěng). Il y a presque toujours de la farce (馅 xiàn), et l’ensemble peut être salé (咸 xián) ou sucré (甜 tián). Le tout est soit cuit à l’eau (水煮 shuǐzhǔ), soit cuit à la vapeur (蒸 zhēng).
Parmi les variétés les plus courantes, citons par exemple le « zongzi au porc » (肉粽 ròuzòng, remarquons à ce propos que lorsque l’on ne précise pas qu’il s’agit de viande de boeuf 牛肉 niúròu, de poulet 鸡肉 jīròu, de mouton 羊肉 yángròu ou autre, le caractère 肉 ròu, traduit un peu rapidement par « viande », désigne en fait le plus souvent « viande de porc » 猪肉 zhūròu), le « zongzi aux graines de lotus » (莲子粽 liánzǐzòng. Attention : Le 子 zǐ signifie ici « graine », et doit être prononcé au troisième ton, et non ton léger !), le « zongzi aux huit trésors » (八宝粽 bābǎozòng, de saveur sucrée, confectionné avec huit ingrédients en plus du riz), ou encore le « zongzi aux lentilles et à l’oeuf de canne » (绿豆鸭蛋粽 lǜdòu yādànzòng). Les amateurs pourront même déguster des « zongzi végétariens » (素食粽 sùshízòng).
Petit digression : Avez-vous remarqué ci-dessus la disparition du caractère 子 après 粽 ? Rien d’étonnant : le 子 de 粽子 ne sert qu’à garantir le bisyllabisme. Il devient inutile lorsque le nom du mets est plurisyllabique, et c’est tout naturellement qu’on s’en passe.
Pour ce qui est de la confection, il convient de faire préalablement tremper le riz dans l’eau (泡水 pàoshuǐ). Mais, pour les novices, le moment le plus délicat est celui qui consiste à confectionner le machin, c’est-à-dire à l’envelopper (包 bāo) et à le ficeler (绑 bǎng).
Ce mets vous fait envie ? Allez donc faire un tour sur Sinogastronomie. Je viens d’y placer un billet gastronomique idoine et je prévois d’y ajouter quelques recettes…
Pour le plaisir des yeux, voici la photo du zongzi dont je me suis régalé ce matin au petit déjeuner.

Langue populaire et argotique (30) : De l’usage haut en couleurs du verbe « manger »

Mercredi 27 mai 2009

Comme chacun le sait, en chinois, « manger » se dit 吃 chī. Rien d’extraordinaire a priori à ce verbe, que l’on apprend dès les premières leçons de chinois. La clé de la bouche (口), quatre traits supplémentaires… c’est la simplicité même ! (Attention cependant : comme le chinois moderne n’aime pas beaucoup le monosyllabisme, « manger » se dit en fait « manger du riz » : 吃饭 chīfàn.) Avec ce verbe, on construit une foule d’expressions ayant directement trait à la consommation d’aliments : 吃素 chīsù : être végétarien, 吃面 chīmiàn : manger des nouilles, 吃光 chīguāng : dévorer en totalité, 好吃 hǎochī : savoureux, etc. Citons également 大吃大喝 dàchī dàhē (« manger grand et boire grand »), qui signifie « se goinfrer », expression grâce à laquelle j’ai trouvé l’image qui illustre ce billet (voir ci-dessous).
Cependant, lorsque l’on s’y penche d’un peu plus près, on trouve à ce verbe des usages un peu plus inattendus.
La première expression qui me vient à l’esprit est 吃亏 chīkuī : subir un préjudice. 亏 kuī signifie « manque », « perte », « préjudice ». Cette expression peut être le prétexte à un trait d’humour facile dont j’abuse parfois lorsque je suis invité à à manger et que l’on me demande ce que je n’aime pas. N’étant pas trop difficile, il m’arrive de répondre : 我什么都喜欢吃,就不喜欢吃亏。 (wǒ shénme dōu xǐhuān chī, jiù bù xǐhuān chīkuī), littéralement : Je mange de tout, sauf du « préjudice ». Parfois, le préjudice ainsi dégusté peut aussi être muet 吃哑巴亏 chī yǎbā kuī (哑巴 yǎbā : muet) ou « étouffant » 吃闷亏 chī mēn kuī (闷 mēn : étouffant, pour le temps, par exemple), lorsque l’on a été roulé mais que l’on ne peut en parler (peut-être par par honte de s’être laissé prendre).
Il arrive aussi, trop fréquemment de l’avis de certains entrepreneurs étrangers installés en Chine, que certains « mangent à l’intérieur mais rampent à l’extérieur » 吃里爬外 chīlǐ páwài, c’est-à-dire qu’ils travaillent dans l’intérêt de vos concurrents ou adversaires alors que c’est vous qui payez leur salaire.
Ce que les écoliers chinois redoutent le plus, c’est de manger des oeufs de canne 吃鸭蛋 chī yādàn, car cette expression signifient qu’ils ont obtenu un zéro bien rond lors d’un examen.
Dans le sens de manger, 吃 chī est également utilisé dans une expression en quatre caractères servant à qualifier un individu du sexe masculin qui possède quatre défauts impardonnables : la gourmandise, l’amour de l’alcool, le penchant pour les relations vénales et le démon du jeu : 吃喝嫖赌 chī hē piáo dǔ : manger, boire (de l’alcool, 喝 hē), fréquenter les prostituées (嫖 piáo), parier de l’argent (赌 dǔ).
A vrai dire, prétendre que 吃 signifie manger est un peu réducteur, car ce verbe peut aussi signifier boire, lorsque l’on dit 吃酒 chījiǔ (酒 jiǔ : alcool), voire fumer une cigarette (吃烟 chīyān), cette dernière expression étant peut-être dialectale (je suis à Suzhou depuis trop longtemps, car je n’arrive parfois plus à distinguer les expressions qui sont propres à cette région du Jiangnan de celles qui sont du « bon chinois »). A titre d’exemple, citons l’expression 敬酒不吃吃罚酒 jìngjiǔ bùchī chī fǎjiǔ : littéralement, « ne pas vouloir boire du vin respectueux mais boire du vin punitif », en d’autres termes, ne pas profiter de l’occasion donnée de régler un problème à l’amiable, préférer s’exposer à une sanction.
Une expression qui m’amuse, mais peut-être est-ce parce que je suis un gourmand incorrigible, est 吃着碗里的,看着锅里的 chīzhe wǎnlǐde, kànzhe guōlǐde : manger ce que l’on a dans son bol tout en regardant ce qu’il y a dans la casserole, qui signifie ne pas vouloir se contenter de ce que l’on a tout en en profitant, et convoiter ce que l’on n’a pas.
Lorsque l’on mange du « vin de mariage » (吃喜酒 chī xǐjiǔ), cela signifie tout simplement que l’on assiste à un banquet de mariage.
« Manger parfumé » 吃香 chīxiāng est utilisé pour dire que l’on est l’objet d’un intérêt particulier, que l’on est recherché pour ses qualités. Je lis par exemple aujourd’hui sur le net un commentaire d’un fieffé coquin qui explique que les jeunes femmes « de seconde main » (celles qui ont déjà succombé au moins une fois aux lubriques avances d’un représentant de la gente masculine) sont préférées à celles qui ont conservé leur honneur. L’affreux dit : “二手”女人更吃香 èrshǒu nǚren gèng chīxiāng (二手 èrshǒu : de seconde main, d’occasion ; 女人 nǚrén : femme ; 更 gèng : plus, encore plus).
Si l’on vous dit que c’est une occupation qui « mange de la force » (吃力 chīlì), peut-être devinerez-vous que l’occupation en question est exigeante ? Et de ceux qui sont capables de se charger des tâches les plus difficiles, on dit qu’ils sont capables de « manger de l’amer » : 吃苦 chīkǔ (que l’on retrouve dans l’expression 吃苦耐劳 chīkǔ nàiláo : « manger de l’amer et être résistant à la fatigue », qui s’applique à ceux qui sont capables de travailler dur).
Les Chinois non seulement mangent du préjudice, de la force ou de l’amer, mais ils mangent aussi parfois de l’étonnement : 吃惊 chī jīng signifie en effet « être stupéfait » (惊 jīng : étonné).
Les Chinoises, quant à elles, ont de nombreuses qualités, mais ont une fâcheuse tendance à « manger du vinaigre » : cela signifie qu’elles manquent de générosité, qu’elles sont peu désireuses de laisser les autres femelles profiter un peu des bontés de leur compagnon, que le moindre regard de celui-ci sur une gente demoiselle courtement vêtue provoque derechef l’application d’un soufflet retentissant, bref, qu’elles sont jalouses. 吃醋 chīcù (醋 cù : vinaigre) signifie donc « être jaloux ». Et celles qui dépassent les limites du bon sens en la matière, on les qualifie de « pots à vinaigre » (醋坛子 cù tánzi, 坛子 tánzi signifiant « pot de grande taille »).
On peut aussi se repaître de justesse avec 吃准 chīzhǔn, qui peut se traduire par « bien maîtriser », « bien jauger », qui s’utilise souvent de façon négative : 吃不准 chībùzhǔn, que l’on pourrait traduire cavalièrement par « ne pas savoir si c’est du lard ou du cochon ».
Il y a aussi bien entendu le célèbrissime « manger du fromage de soja » (吃豆腐 chī doùfǔ, 豆腐 dòufǔ : fromage de soja, tofu), qu’un homme utilise lorsqu’il veut dire qu’il badine avec une personne du sexe opposé. Parfois et dialectalement, cette expression est à prendre plus au premier degré, et signifie carrément stimuler la poitrine d’albâtre de sa partenaire en lui appliquant une caresse buccale.
Dans le même registre, dans le Compendium des allusions chinoises (《中华隐语大全》, publié en 1992, sous la direction de Pang Qingyun 潘庆云, par les éditions Xuelin 学林出版社 de Shanghai, ISBN : 7-80510-999-0), je découvre l’expression 吃包子 chī bāozǐ (littéralement « manger des pains fourrés cuits à la vapeur »), qui a la même signification que le 吃豆腐 pris au premier degré. En revanche, quand ces pains cuits à la vapeur ne contiennent aucune farce (on les appelle alors des 馒头 mǎntou), la signification diffère du tout au tout : 吃馒头 chī mǎntou signifie en effet « se faire rosser ».
Le Zdic fait également état d’une expression poétique que je découvre, 吃屁 chī pì, « manger des pets », qui signifie « se ranger systématiquement à l’avis d’une autre personne ».
Le petit tableau dressé ici de l’emploi du verbe « manger » est bien entendu extrêmement succinct ! Nous pourrions remplir un volume entier avec ce verbe à première vue bien innocent. Mais nous aurons certainement l’occasion de voir d’autres expressions construites avec 吃.


Source : http://www.hf777.com/Knowledge/3/2534.shtml

Vocabulaire agrifood (10) : Cuisine hunanaise, épisode 2

Lundi 25 mai 2009

Nous voyons aujourd’hui le verso de l’emballage du kit du parfait dîneur dont nous avons vu le recto à l’épisode précédent…

Procédons phrase par phrase.

湘菜系即湖南菜,是以湘江流域、洞庭湖地区和湘西山区等地方菜发展而成。
湘菜系 xiāngcàixì : la cuisine du Hunan
菜系 càixì : cuisine, gastronomie (constituant un système)
即 jí : c’est-à-dire
湖南菜 húnáncài : la cuisine du Hunan
是 shì : être, (ici) verbe marquant l’insistance
以 yǐ : par, au moyen de
湘江 xiāngjiāng : la rivière Xiang, rivière du Hunan (c’est le nom de ce cours d’eau qui est à l’origine du nom monosyllabique 湘 de la province du Hunan)
流域 liúyù : bassin d’un cours d’eau
洞庭湖 dòngtínghú : le lac Dongting
地区 dìqū : zone, région
湘西 xiāngxī : l’ouest de la province du Hunan
山区 shānqū : zone montagneuse
地方菜 dìfāngcài : cuisine locale
发展 fāzhǎn : se développer
Traduction proposée : La cuisine du Hunan s’est constituée à partir des cuisines locales du bassin de la Xiang, de la région du lac Dongting et des zones montagneuses de l’ouest du Hunan.

湘江流域的菜以长沙、衡阳、湘潭为中心,是湖南菜的主要代表。
长沙 chángshā : Changsha, ville chinoise, capitale provinciale du Hunan
衡阳 héngyáng : Hengyang, ville du Hunan
湘潭 xiāngtán : Xiangtan, ville du Hunan
主要 zhǔyào : principal
代表 dàbiǎo : représentant
Traduction proposée : La cuisine du bassin de la Xiang est centrée sur Changsha, Hengyang et Xiangtan, elle est le principal représentant de la cuisine du Hunan.

其制作精细,用料广泛,品种繁多,其特色是油多、色浓、讲究实惠。
其 qí : (adjectif démonstratif) son, sa, ses
制作 zhìzuò : fabrication, confection
精细 jīngxì : fin, élaboré
用料 yòngliào : choix des ingrédients
广泛 guǎngfàn : large, vaste
品种 pǐnzhǒng : variété, sorte
繁多 fánduō : nombreux, multiple
特色 tèsè : spécificité, caractéristique
油 yóu : huile, matière grasse
色 sè : couleur
浓 nóng : profond, intense
讲究 jiǎnjiù : élaboré, recherché
实惠 shíhuì : avantageux, bon marché
Traduction proposée : Elle est d’une confection élaborée, elle utilise de nombreux ingrédients et est très variée ; elle se caractérise par un emploi important de l’huile, ses couleurs, sa recherche et son abondance.

在品味上注重香酥、酸辣、软嫩。
品味 pǐnwèi : goût, saveur
注重 zhùzhòng : faire porter l’accent sur
香酥 xiāngsū : parfumé et croustillant
酸辣 suānlà : aigre et pimenté
软嫩 ruǎnnèn : moelleux, tendre
Traduction proposée : Ses saveurs sont plutôt parfumées et croustillantes, aigres et pimentées, et tendres.

湘西菜擅长得酸辣,具有浓郁的山乡风味。
湘西菜 xiāngxīcài : cuisine de l’ouest du Hunan
擅长 shànchǎng : être expert en
得 de : ce caractère est en trop ! Il s’agit d’une coquille, à ignorer.
具有 jùyǒu : avoir, posséder
浓郁 nóngyù : dense, profond
山乡 shānxiāng : montagne
风味 fēngwèi : goût, style
Traduction proposée : La cuisine de l’ouest du Hunan manie parfaitement l’aigre et le pimenté, elle est fortement marquée par les influences montagnardes.

湘菜历史悠久,早在汉朝已经形成菜系,烹调技术已有相当高的水平。
历史 lìshǐ : histoire (dans le sens de science historique)
悠久 yōujiǔ : long (l’expression 历史悠久 est une expression standard)
早在 zǎozài : dès, depuis
汉朝 hàncháo : la dynastie des Han (Iième siècle avant notre ère jusqu’au deuxième siècle de notre ère)
形成 xíngchéng : former, constituer
烹调 péngtiáo : cuisine, culinaire
技术 jìshù : technique
相当 xiāngdāng : assez, relativement
高 gāo : haut, élevé
水平 shuǐpíng : niveau
Traduction proposée : La cuisine du Hunan a une longue histoire ; elle était déjà constituée en système gastronomique à l’époque de la dynastie des Han ; ses techniques culinaires étaient déjà d’un niveau élevé.