Archive pour octobre 2009

Langue populaire et argotique (33) : Karaoké contemporain

Dimanche 4 octobre 2009

Il y a deux jours, j’entends par hasard une nouvelle expression à la télévision de Suzhou.
La journaliste interrogeait un jeune homme sur la façon dont il allait passer ses huit jours (!!!) de vacances royalement accordées cette année par le gouvernement chinois à ses citoyens. Ledit jeune homme, à l’élocution peu claire, parvint tout de même à faire comprendre à la gente demoiselle qui tenait le micro qu’il ne lui déplairait pas d’empêcher ses voisins de digérer tranquillement leurs gâteaux de lune (月饼 yuèbǐng, c’est la saison !) en tentant d’imiter, dans la chaleur de la demeure familiale, la voix mélodieuse de la dernière pop star à la mode.
« Ah ! Ah ! », commenta la teneuse du microphone, « Tu aimes donc « kei 歌 » à la maison ! »
« Tout à fait ! », répondit en substance l’interviewé.

Pour le non-initié, cette expression peut paraître surprenante, car en effet, la syllabe « kei » n’existe pas en chinois moderne. Ce qui s’en approche le plus est la syllabe « gei », utilisée uniquement, à ma connaissance, pour prononcer le cacractère 给 (au troisième ton s’il vous plaît : gěi). L’habitué du chinois parlé contemporain aura cependant compris que le « kei » correspond ici au caractère « K ».
K doit être entendu ici, me semble-t-il, comme étant la première lettre du mot « karaoké » (prononcez en chinois 卡拉OK kǎlā o-kei), terme d’origine japonaise et désignant l’un des passe-temps préférés de la jeune génération, des hommes d’affaires et des cadres corrompus du Pouet-Cot-Cot.

Ne vous creusez donc plus la cervelle si vous rencontrez un jour cette expression, et n’hésitez pas, si l’on vous demande quel est votre passe-temps favori, à dire que vous aimez pousser la chansonnette, que vous aimez K歌 keigē, en somme.