Archive pour janvier 2010

Langue populaire et argotique (39) : Encore du méthane…

Dimanche 31 janvier 2010

Décidément, Émilie est en verve en ce moment…
Agacée de mes commentaires inconditionnellement laudatifs sur le petit royaume du Cambodge et sur les Khmers, elle a fini par lâcher, ironique : 在柬埔寨,放的屁都是香的!
Vocabulaire :
柬埔寨 jiǎnpǔzhài : Cambodge (transcription phonétique du khmer Kampuchea កម្ពុជា)
香 xiāng : parfumé, sentir bon
Traduction plus ou moins littérale : Au Cambodge, même lorsque l’on libère ses intestins d’un excès de méthane, ça sent bon !
Que voulez-vous répondre à cela ?

Langue populaire et argotique (38) : De l’art et de la manière d’interpréter le dardement du bas du dos du diable étranger

Vendredi 29 janvier 2010

Scène ordinaire de la vie quotidienne d’un couple franco-chinois hissé sur une remorque tirée par une motocyclette (communément appelée « tuk-tuk ») dévalant du Nord au Sud le boulevard Sothearos, Phnom-Penh, Royaume du Cambodge, ce jeudi 29 janvier 2010…
Mini-dialogue :
在下:今天晚上……(Ce soir…)
皇太后:不用说了,你屁股一撅,我就知道你要放什么屁!(Pas la peine d’en dire plus, je devine parfaitement ce que tu veux dire…)
在下:(sourire embarrassé)
皇太后:哈哈! (Ha ! Ha !)

Notes pour une meilleure compréhension du mini-dialogue :
在下 zàixià : (littéralement) moi, qui suis en position inférieure, (expression polie et surannée pour dire « je »)
皇太后 huángtàihòu : impératrice douairière (c’est le surnom dont j’abuse pour parler de ma douce et belle Émilie, et qui dépeint assez bien son caractère un peu autoritaire – Notre petit Léo de deux ans et quatre mois l’a d’ailleurs bien compris qui dit à qui le lui demande que maman s’appelle 皇太后)
屁股 pìgǔ : derrière, fesses, postérieur
撅 juē : se relever (p. ex, pour les coins de la bouche, la queue d’un animal, etc.)
屁 pì : pet
放屁 fàngpì : (révision) libérer ses intestins d’un excès de méthane

Ce que j’ai donc traduit par « Pas la peine d’en dire plus, je devine parfaitement ce que tu veux dire », a donc été exprimé par Émilie sous la forme : « Pas la peine d’en dire plus, à peine dardes-tu ton postérieur, que je sais de quelle nature sera le pet que tu es sur le point d’émettre… », voulant dire par là, bien sûr, qu’elle me connaissait comme sa poche.
Plus élégamment, elle aurait aussi pu dire 我对你了如指掌 wǒ duì nǐ liǎorú zhǐzhǎng : je te connais comme la paume et les doigts de ma main.
Mais peu importe, ce que l’élégance a perdu, la couleur linguistique l’a gagné !

Vocabulaire d’actualité (5) : Fonctionnaires gourmands

Dimanche 10 janvier 2010

Le sujet de cet épisode de la série « Vocabulaire d’actualité » m’a été suggéré par Émilie, qui m’annonce ce matin que, depuis 30 ans, ce sont quelque 4000 hauts fonctionnaires chinois corrompus qui se sont enfuis à l’étranger, emportant chacun avec eux, en moyenne, 100 millions de yuan (pour mettre ce chiffre en perspective, notons que 100 millions de yuan représentent plus de 9200 ans du salaire minimum d’un ouvrier chinois dans la ville côtière chinoise où je travaillais encore il y a quelques mois comme directeur d’usine !).
Nous consacrerons donc cet épisode aux « fonctionnaires gourmands » (贪官 tānguān), puisque c’est sous cette appellation que sont désignés ceux qui détournent les deniers publics.
Le caractère 贪 tān peut en fait signifier gourmand ou avide. D’une personne qui est gourmande, justement, on dit qu’elle est « avide de manger » 贪吃 tānchī. Zdic nous dit en fait que ce caractère signifie 不知足 būzhīzú : être insatiable, ne jamais en avoir assez. Le corruption se dit quant à elle 贪污 tānwū, dont la définition exacte est 利用职权非法地取得财物 lìyòng zhíquán fēifǎde qǔdé cáiwù : obtenir illégalement des richesses en profitant des pouvoirs de sa charge. De ceux qui détournent de l’argent, on dit qu’ils 贪钱 tānqián.
D’après la très officielle source consultée pour ce billet, le nombre de fonctionnaires (官员 guānyuán, le terme signifie à l’origine « fonctionnaire », mais s’applique surtout aux hauts fonctionnaires, les fonctionnaires ordinaires étant appelés 公务人员 gōngwù rényuán : agents du service public) en fuite à l’étranger (外逃 wàitáo) s’élève effectivement à 4000, chacun ayant détourné (卷走 juǎnzǒu : littéralement « enrouler et partir ») en moyenne (人均 rénjūn : « chaque personne en moyenne ») quelque 100 millions de yuan.
Signalons tout de suite, pour faire taire les personnes mal informées qui persistent à dire que la Chine est le paradis sur terre, qu’il s’agit là des chiffres officiels annoncés par le service des contrôles de la commission de la discipline du comité central du Parti (中央纪委监察部 zhōngyāng jìwěi jiānchábù) (voir la source donnée ci-dessous).
Le gouvernement chinois explique qu’il lutte activement contre la corruption des fonctionnaires (官员腐败 guānyuán fǔbài), et qu’il a pour cela signé des accords avec plusieurs pays pour que les coupables puissent être renvoyés en Chine et jugés (绳之以法 shěngzhīyǐfǎ : traiter selon les rigueurs de la loi). Le gouvernement chinois cherche en effet souvent à faire extrader (引渡 yǐndù) les coupables, souvent sans succès d’ailleurs. Signalons au passage que plusieurs d’entre eux sont en France.

Source pour ce billet : 我国外逃官员达4000人 人均卷走1亿元 (4000 hauts fonctionnaires chinois sont en fuite à l’étranger – Chacun d’entre eux a détourné en moyenne 100 millions) (http://news.sina.com.cn/c/2010-01-10/104619437396.shtml)

Vocabulaire d’actualité (4) : Samedi 13 (second épisode)

Dimanche 10 janvier 2010

(J’ai un nouveau sujet en gestation pour le vocabulaire d’actualié, mais finissons-en donc d’abord avec le nouvel an chinois…)
Claude Lévi-Strauss, s’il s’était échoué sur les rives de la Mer de Chine au lieu de se perdre en forêt amazonienne, n’aurait pas manqué de matìère pour alimenter sa carrière d’ethnologue. La Fête du Printemps, à elle seule, pourrait en effet facilement être le sujet d’un ouvrage ethnographique.
Quelques pistes pour les chercheurs en mal d’inspiration… Les enfants chinois, par exemple, attendent avec impatience l’arrivée de cette fête car c’est pour eux l’occasion de recevoir de leurs parents et des amis de la famille les fameuses enveloppes rouges (红包 hóngbāo), qui contiennent « l’argent qui écrase la fin d’année » : 压岁钱 yāsuìqián.
Petite digression : le mot 红包 est utilisé aujourd’hui pour parler des sommes d’argent versées aux fonctionnaires corrompus et autres personnages qui profitent de leur position pour demander ou accepter des pots-de-vin. De ceux qui se laissent corrompre, on dit qu’ils acceptent les enveloppes rouges : 收红包 shōu hóngbāo. Bien entendu, peu importe en réalité la couleur de l’enveloppe pourvu qu’elle soit bien épaisse…
Cette fête leur plaît d’autant plus qu’à l’issue du repas pantagruélique du réveillon du nouvel an (on dit 吃年夜饭 chī niányèfàn), ils seront autorisés à passer une nuit blanche, parce qu’il est coutume de ne pas se coucher avant l’arrivée de l’an nouveau (on dit que l’on « garde la nuit » 守夜 shǒuyè, ou « garder l’année » 守岁 shǒusuì).
En Chine continentale, la soirée du nouvel an est aussi marquée par LE spectacle de variétés préparé depuis des mois, diffusé en direct par la première chaîne de la télévision centrale, et rediffusé à moultes reprises dans les jours, les semaines, voire les mois qui suivent. Il s’agit du 春节联欢晚会 chūnjié liánhuān wǎnhuì : mot à mot « soirée de joie universelle de la fête du printemps ». Faute d’accès direct à la télévision centrale chinois, les inconditionnels pourront, dès cette année, jouir du spectacle en direct sur Internet.
Le nouvel an chinois est l’un des (beaucoup trop, à mon goût) prétextes à empêcher de dormir le voisinage en faisant exploser pétards (放鞭炮 fàng biànpào, ou 放爆竹 fàng bàozhú) et des feux d’artifice (放焰火 fàng yànhuǒ), qui polluent les oreilles pendant la quizaine qui suit le jour de l’an.
Parmi les traditions du nouvel an, l’une des plus civilisées consiste à coller de part et d’autre de la porte d’entrée de sa maison des « sentences parallèles » (对联 duìlián), exprimant les voeux les plus divers pour l’année à venir. Le centre de la porte est quant à lui souvent orné du caractère 福 fú (bonheur), collé à l’envers (倒 dào) : 倒 dào, collé à l’envers, est en effet homonyme de 到 dào, arriver. On colle le caractère du bonheur à l’envers comme un souhait de bonheur.
Les plus pragmatiques voudront peut-être aussi coller un caractère fantaisiste rassemblant les quatre caractères 招财进宝 zhāocái jìnbǎo : « faire venir les richesses et entrer les trésors », qui est bien sûr un voeu de prospérité.
La période est bien entendu aussi propice à l’échange de cadeaux, dont la valeur marchande est proportionnelle à ce que l’on attend en retour de la personne à qui on l’offre : cigarettes, alcools chers, bons d’achat, tout est bon pour essayer de conquérir la bienveillance des personnes qui pourraient vous être utiles.
En y repensant, je crois en effet que Claude Lévi-Strauss aurait effectivement trouvé en Chine la matière nécessaire à la rédaction d’une version désepérante de Tristes Tropiques à la sauce pékinoise…
(Le prochain épisode de la série « Vocabulaire d’actualité » se penchera sur les « fonctionnaires gourmands »)


Caractère 福 à l’envers (Source)


招财进宝 (Source)

Le nouveau glossaire de Sinoiseries est en ligne !

Vendredi 8 janvier 2010

La version 6.0 du glossaire Sinoiseries vient d’être mise à disposition. Le glossaire comporte maintenant 30 pages et un peu plus de 1000 entrées, et contient tout le vocabulaire utilisé sur Sinoiseries jusqu’au 8 janvier 2010. Vous pouvez le consulter en ligne ou le télécharger. Pour cela, voir la page « A télécharger ».
Sinon, vous pouvez aussi vous contenter de cliquer ici. (Attention : le fichier pdf pèse plus d’un méga-octet !)