Archive pour février 2010

Néologismes (5) : Mandarins dévêtus

Mardi 23 février 2010

À la une de l’info Internet aujourd’hui : 国家预防腐败局:今年盯紧“裸官”. Traduction : « Direction Nationale de la Prévention de la Corruption : Cette année, les « fonctionnaires nus » seront surveillés de près »
- « Quid ? C’est un non-sens, le traducteur de ce titre devrait retourner sur les bancs des Langues’O ! », s’exclameront peut-être les sinoiso-novices (c’est de ce vocable qu’il me plaît aujourd’hui de baptiser les vagabonds de la toile – ils se font rares, semble-t-il – non encore initiés aux mystères de nos Sinoiseries).
- « Que nenni ! », rétorquerai-je offusqué à ceux qui oseraient mettre en doute ma maîtrise de la langue mandarine !
En voici d’ailleurs la preuve par l’énoncé de la liste du vocabulaire :
国家 guójiã : adj. national
预防 yùfáng : prévenir
腐败 fǔbài : corruption
局 jú : direction (organe administratif directeur)
国家预防腐败局 guójiā yùfáng fǔbàijú : Direction Nationale de la Prévention de la Corruption
今年 jīnnián : cette année
盯紧 dīngjǐn : surveiller de près
裸 luǒ : dénudé, dévêtu, nu
官 guān : fonctionnaire
裸官 luǒguān : fonctionnaire dénudé
C’est d’une clarté cristalline, me semble-t-il ?
Bon, il est vrai que les coupeurs de cheveux en quatre, adeptes de l’auto-excitation intellectuelle et autres sodomites zoophiles ayant un goût prononcé pour les diptères, pourront peut-être me reprocher une traduction un peu trop littérale. Peut-être, mais je n’admettrai cette critique que pour la traduction que j’avoue par trop littérale du disyllabe 裸官 luǒguān, maladroitement rendu ici par « fonctionnaires nus ».
Expliquons-nous donc sur ce mot qui entre tout à fait dans la catégorie des « sino-néologismes ».
裸官 luǒguān est en fait l’abréviation de 裸体官员 luǒtǐ guānyuán ou 裸体做官 luǒtǐ zuòguān (裸体 luǒtǐ : nu, dévêtu, dénudé). Vous voyez donc que j’avais raison !
Sauf que…
Avant tout, ne vous y trompez pas. Les fonctionnaires dévêtus ne sont pas des fonctionnaires probes, et indigents à force de probité, au point de n’avoir pas les capacités financières suffisantes pour acquérir de quoi cacher leurs parties honteuses.
On qualifie en Chine de « fonctionnaires dénudés » les fonctionnaires de rang élevé qui excercent en « célibat géographique », diraient nos militaires, c’est-à-dire que leurs conjoints et enfants vivent dans un autre endroit, de préférence, dans le cas présent, au-delà des frontières du céleste empire.
Et pourquoi ces pauvres solitaires méritent-ils donc cette année l’attention particulière de la Direction nationale de la prévention…. ?
On a en fait découvert un mode opératoire courant chez les fonctionnaires ayant amassé de façon malhonnête suffisamment de fonds pour se la dorer au soleil ailleurs qu’en Chine, qui consiste à d’abord mettre femme, enfants et fortune mal acquise à l’abri dans une démocratie occidentale, avant, une fois les sommes accumulées jugées suffisantes ou quand les oreilles commencent à leur chauffer un peu trop, de se faire la belle à l’occasion d’une mission à l’étranger.
Il est même question dans certains milieux autorisés de contrôler la situation géographique de la famille des fonctionnaires pressentis pour accéder aux fonctions les plus exposées à la corruption. Et l’on osera dire que le Pouêt-Cot-Cot ne fait rien pour lutter contre la corruption !

Devinettes et histoires drôles (16) : Zoologie appliquée

Dimanche 21 février 2010

Cette histoire nous est proposée par Wangyoann, lecteur attentif de Sinoiseries.

一只大象问骆驼:“你的咪咪怎么长在背上?”骆驼说:“死远点,我不和鸡鸡长在脸上的东西讲话!”蛇在旁边听了大象和骆驼的对话后一阵狂笑。大象扭头对蛇 说:“笑屁!你个脸长在鸡鸡上的,没资格!”

Vocabulaire :
大象 dàxiàng : éléphant
骆驼 luòtuo : camélidé (chameau ou dromadaire ; le contexte permet de comprendre qu’il s’agit ici de la variété à deux bosses 双峰骆驼 shuāngfēng luòtuo, donc d’un chameau, et non de la variété unibosse 单峰骆驼 dānfēng luòtuo, le dromadaire)
咪咪 mīmī : tété, sein, poitrine
长 zhǎng : grandir, pousser (pour un végétal, par exemple)
背 bèi : dos
死远点 sǐyuǎndiǎn : dégage, tire-toi, fous le camp (littéralement : « va mourir un peu plus loin »)
东西 dōngxī : chose, objet (insultant lorsque l’on s’adresse à quelqu’un)
蛇 shé : serpent
对话 duìhuà : dialogue
狂笑 kuángxiào : rire aux éclats, rire à gorge déployée
扭头 niǔtóu : tourner la tête
笑屁 xiàopì : pourquoi tu te marres ? (insultant)
资格 zīgé : qualification

Un éléphant demande à un chameau : « Comment se fait-il que tu aies les tétés qui te poussent sur le dos ? » Le chameau répond : « Dégage ! Je ne parle pas à ceux qui ont le zizi qui leur pousse sur le visage » ? Le serpent, entendant le dialogue de l’éléphant et du chameau, se met à rire aux éclats. L’éléphant tourne la tête et lui dit : « Pourquoi tu rigoles ? Toi qui a le visage qui pousse sur le zizi, tu ferais mieux de te taire ! »

Devinettes et histoires drôles (15) : Trop de JJ tue le JJ (interdite aux -18 ans)

Mardi 9 février 2010

Profitons de la bonne humeur d’Émilie qui ne se dément pas. Elle nous livre aujourd’hui une nouvelle histoire drôle, moins sujette à réflexion, peut-être…

有个人做梦,天上传来一个很深沉的声音:“加一还是减一?”男的顺口说了一句“加一。”等早上起床他惊奇地发现自己竟然多了一个JJ!吓得他赶忙上医院。大夫听后说:“你回去继续做梦,人家再问你你就说减一不就完了么!”于是他赶紧照办。果然又做到了昨天的场景,天上传来一个很深沉的声音:“加二还是减二?”

Vocabulaire :
做梦 zuòmèng : rêver, faire un rêve
深沉 shēnchén : grave, profond (pour la voix)
加 jiā : ajouter, plus
减 jiǎn : soustraire, moins
顺口 shùnkǒu : (répondre) automatiquement, mécaniquement
惊奇 jīngqí : étonné, stupéfait
JJ jījī (鸡鸡) : zizi
吓 xià être apeuré, avoir très peur
赶忙 gǎnmáng : en toute hâte
大夫 dàifū : docteur, médecin
赶紧 gǎnjǐn, vite, rapidement
照办 zhàobàn : faire selon (les instructions)
果然 guǒrán : effectivement
场景 chǎngjǐng : scène, situation

Un homme est en train de rêver et entend une voix grave venue du ciel qui lui demande : « Plus un ou moins un ? » Mécaniquement, l’homme répond : « Plus un ! » Le lendemain matin, il se réveille stupéfait avec un zizi de plus. Mort de peur, il se précipite à l’hôpital. Après s’être enquis des faits, le médecin lui dit : « Vous n’avez qu’à rentrer chez vous et continuer à rêver, et quand on vous posera la question, répondez moins un, et c’est tout ! » L’homme rentre chez lui et suit le conseil de son médecin. Il se remet à rêver, se retrouve effectivement dans la même situation et entend la voix grave venue du ciel qui lui demande : « Plus deux ou moins deux ? »

Devinettes et histoires drôles (14) : Il ne faut pas se fier aux évidences

Lundi 8 février 2010

Pour changer un peu, voici une histoire drôle que me communique aujourd’hui Émilie (qui commence à s’habituer à la vie cambodgienne et dont l’humeur s’améliore de jour en jour).

中苏美三国特工以各自追捕一只兔子并让它服罪为比赛内容。美国特工以最快速度抓到一只兔子,他把兔子放地上说:“你有保持沉默的权利……”兔子跑了。苏联特工走出森林,把遍体鳞伤奄奄一息的兔子扔在地上。这时,中国特工押着一只猴子走出森林,猴子一边走,一边举手低头说:“我是兔子,我是兔子。”

Vocabulaire :
中 zhōng : (abrév. de 中国 zhōngguó) (ici) chinois
苏 sū : (abrév. de 苏联 sūlián : Union Soviétique) (ici) soviétique
美 měi : (abrév. de 美国 měiguó) (ici) américain
特工 tègōng : agent spécial, espion
追捕 zhuībǔ : pourchasser, chasser
兔子 tùzi : lapin
负罪 fúzuì : avouer (sa culpabilité)
保持沉默 bǎochí chénmò : garder le silence
权利 quánlì : droit
遍体鳞伤 biàntǐ línshāng : avoir le corps couvert de blessures
奄奄一息 yǎnyǎn yīxī : (à qui il ne reste qu’un faible souffle) être sur le point de mourir
押 yā : conduire sous bonne garde (un prisonnier)
猴子 hóuzi : singe
举手 jǔshǒu : lever les mains
低头 dītóu : baisser la tête

Trois agents spéciaux, un chinois, un américain et un soviétique, décident d’organiser un concours pour voir qui sera le plus rapide à attraper un lapin et à le faire avouer. L’agent américain est le plus rapide, il sort de la forêt avec un lapin, le pose sur le sol et lui dit : « Vous avez le droit de garder le silence… » Le lapin s’enfuit à toutes jambes. C’est l’agent soviétique qui sort ensuite de la forêt avec un lapin couvert de blessures, à l’agonie, qu’il le pose sur le sol. On voit alors sortir l’agent chinois avec un singe qui, les mains levées et la tête basse, dit « Je suis un lapin ! Je suis un lapin ! »

Le commentaire d’Émilie : En Chine, on cherche souvent à vous prendre des vessies pour des lanternes…

Vocabulaire agrifood (13) : Jambose

Dimanche 7 février 2010

Je publie aujourd’hui sur Sinogastronomie un petit article consacrée à la jambose, que les gourmands qui ont visité ou ont séjourné à Taïwan connaissent probablement sous le nom de 莲雾 liánwù. Comme j’ai trouvé une partie des renseignements utilisés pour rédiger ledit article sur un site taïwanais, je me dis que voilà une excellente occasion de proposer aux lecteurs de Sinoiseries un nouvel épisode de notre série sur le vocabulaire agro-alimentaire. (Pour lire l’article source évoqué, en chinois traditionnel, cliquer ici)
La jambose, appelée aussi jamalac en français, est donc le fruit d’un arbre fruitier (果树 guǒshù) de la famille des Myrtacées (桃金娘科 táojīnniángkē). C’est fruit tropical (热带水果 rèdài shuǐguǒ) originaire de la péninsule malaise (马来半岛 mǎlái bàndǎo), apporté à Taiwan par les Hollandais au dix-septième siècle. A Taïwan, la variété la plus réputée est celle que l’on appelle « perle noire » (黑珍珠 hēizhēnzhū).
La composition nutritionnelle (营养成分 yíngyǎng chéngfèn) de la jambose est proche de celle de la pomme (苹果 píngguǒ), mais la jambose est moins riche en sucre (糖份 tángfèn). Elle est en revanche riche en fibres alimentaires (膳食纤维 shànshí xiānwéi) et en vitamines (维生素 wéishēngsù) diverses (NB. : pour le mot « vitamine », on utilise parfois, surtout à Taiwan, la transcription phonétique 维他命 wéitāmìng).
L’article en question nous explique aussi que la jambose est juteuse et savoureuse (汁多味美 zhīduō wèiměi), et que les fleurs du jambosier (莲雾花 liánwùhuā) ont des vertus fébrifuges (退热 tuìrè) et qu’elles aident en outre à la digestion (助消化 zhù xiāohuà).
La jambose taïwanaise s’exporte aujourd’hui à prix d’or en Chine continentale, et a presque été la cause d’une crise d’économie domestique, aussi ai-je été ravi de la retrouver en abondance et à prix abordable sur les marchés (市场 shìchǎng) de Phnon-Penh (金边 jīnbiān).
Allez, pour vous donner un peu de courage, voici une petite photo de jambose prise dans mon petit deux-pièces (一室一厅 yīshì yìtīng, littéralement « une chambre un salon ») sur la rive occidentale du Mékong (湄公河 méigōnghé) :