Archive pour mars 2010

Caractères (7) : 人

Mardi 30 mars 2010

Le septième caractère de notre série, 人 rén, est simplissime : il ne comporte que deux traits. Il est également une clé, qui se déforme un peu lorsque le caractère est utilisé à gauche d’un autre élément, comme dans 信 xìn : lettre, missive, ou 任 rèn : occuper un poste.
Le caractère 人 rén (attention de ne pas confondre avec le caractère 入, qui se pronounce rù et qui signifie « entrer ») signifie principalement « homme » (dans le sens du genre humain, qui se dit 人类 rénlèi en chinois, et non dans celui de l’être humain de sexe masculin, qui se dit 男人 nánrén). En composition avec le caractère 民 mín, qui signifie « peuple », il forme le mot 人民 rénmín : peuple (dans le sens politique du terme), populaire, comme dans 人民币 rénmínbì : la « monnaie du peuple », abrégé en RMB (la monnaie officielle chinoise), ou dans 人民解放军 rénmín jiefàngjun : l’armée populaire de libération.
Rédoublé, il signifie « tout le monde », comme dans 人人皆知 rénrén jiēzhī : tout le monde le sait, c’est connu de tous.
Le Zdic nous précise également qu’il signifie « une autre personne », comme dans 他人 tārén : les autres, ou 别人 biérén : quelqu’un d’autre, les autres.
Il désigne également la qualité, la nature ou la réputation d’une personne comme dans 丢人 diūrén qui signifie « faire honte » (littéralement, « perdre sa qualité d’homme »), ou dans le proverbe 文如其人 wénrú qírén : « ses écrits ressemblent à sa personne ».
Voilà pour le caractère 人. Le suivant dans ma liste est le caractère 在 zài.

Devinettes et histoires drôles (18) : Un peu tiré par les cheveux

Lundi 29 mars 2010

Pour nous changer des histoires plus ou moins drôles, voici une petite devinette (谜语 míyǔ)
Énoncé :
悬崖勒马(地名)
xuán yá lè mǎ (dìmíng)
S’arrêter avant qu’il ne soit trop tard.
(Il faut deviner un nom de lieu.)
Vocabulaire :
悬崖勒马 xuán yá lè mǎ : (proverbe) littéralement « retenir son cheval juste avant le précipice » : s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard (pour tout savoir sur ce proverbe, allez jeter un coup d’oeil ici, sur Zdic)
悬崖 xuányá : précipice
勒马 lèmǎ : tirer sur les rênes d’un cheval pour le faire s’arrêter
地名 dìmíng : nom de lieu
Solution :
危地马拉wēidìmǎlā : Guatémala
Commentaire :
危地马拉 est bien entendu la transcription phonétique du nom du pays d’Amérique Centrale. Mais 危地 wēidì signifie lieu ou terrain dangereux, 马 mǎ est le cheval, et 拉 lā signifie « tirer » (en l’occurence sur les rênes du cheval).
La solution est un peu tirée par les cheveux en ce que le verbe « tirer » devrait se trouver dans le mot « cheval ».

Caractères (6) : 不

Dimanche 28 mars 2010

J’ai tellement négligé cette série sur les caractères chinois que je suis confus au point d’avoir honte de paraître devant les « réguliers » de Sinoiseries. Mon visage honteux est si cramoisi que je bénis le ciel des informaticiens de ne pas avoir encore inventé la technique qui permettra de voir le visage d’une personne au moment où elle écrit des lignes destinées à être publiées sur le réseau des réseaux. Bref, je prie tous ceux qui me font l’honneur de lire mes divagations sino-linguistiques d’avoir l’immense bonté d’excuser ma paresse, qui est la seule raison du laps de temps proprement indécent qui sépare l’épisode 5, consacrée au caractère 我 wǒ, de cet episode six, consacré au caractère 不 bù, qui, s’il n’apparaît pas dans la leçon de tout manuel de chinois, doit probablement être appris dès la leçon 2.
Le caractère 不 bù se compose de quatre traits dont le premier, le trait qui correspond au caractère 一 yī, est la clé.
Le Zdic donne du caractère 不 les definitions suivantes :
1. Adverbe (marquant la négation)
Ex. : 我不去! Wǒ bù qù ! Je n’y vais pas ! (me disait avant-hier matin le petit Léo alors que je m’apprêtais à l’emmener à l’école). (Ne hurlez pas en voyant le quatrième ton inscrit sur le « u » du 不, je donne l’explication idoine un peu plus loin !)
2. Utilisé dans la composition d’adjectifs, il marque aussi la négation : 不法 bùfǎ : illegal ; 不才 bùcái, sans talent (expression modeste utilisée pour se qualifier soi-même, que l’on pourrait traduire par « moi qui n’ai aucun talent », ou encore « moi, ce bon à rien »). On le trouve également largement employé dans divers proverbes et expressions quadrisyllabiques : 不速之客 bùsùzhīkè : un importun, une personne qui n’est pas la bienvenue.
3. Employé seul en réponse à une question, il indique une réponse négative.
Ex. : Si j’avais posé à Léo la question de savoir s’il désirait aller à l’école (你要去上学吗?), il m’aurait certainement sèchement répondu : “不!” (Non !)
4. Enfin, en fin de phrase, il sert à exprimer une interrogation :
他现在身体好不? Tā xiànzài shēntǐ hǎo bù ? Est-il en bonne santé maintenant ?
Le Zdic précise encore que le caractère 不 bù peut se prononcer fǒu, quand il est employé en lieu et place du caractère 否 fǒu¸ qui est également une particule négative, mais je dois avouer que je ne l’ai jamais vu employé ainsi.
Pour être complet et calmer les sinologues qui poussent de grands cris en voyant des tons erronés mentionnés plus haut, quelques precisions quant à la prononciation réelle de ce caractère.
En effet, si tous les dictionnaires vous diront que 不 se prononce bù, au quatrième ton, ce caractère a pris la fâcheuse habitude de changer de ton pour se prononcer bú, au deuxième ton, lorsqu’il est suivi d’un caractère prononcé au quatrième ton. Si vous avez suivi, vous aurez compris par exemple que不速之客 ne se prononce pas « bùsùzhīkè » comme je l’ai écrit plus haut, mais s’énonce en réalité « búsùzhīkè ». Enfin, le quatrième (ou le deuxième) ton du 不 tombe pour faire place au ton léger dans les constructions avec répétition du verbe à 不 intercalé. Ex. : 你去不去? (Est-ce que tu y vas ?) ne se prononce pas « nǐ qù bú qù », mais « nǐ qù bu qù », question à laquelle vous répondrez peut-être 不去! búqù (vous avez vu le deuxième ton du 不 ?), si vous ne souhaitez pas vous déplacer.
(Le prochain billet de cette série sera consacrée au caractère 人 rén.)

Néologismes (7) : Le clan des fourmis

Samedi 27 mars 2010

Dans le billet consacré aux maisons d’escargots (voir ici), nous avions évoqué un article du net dans lequel on trouve quelques neologismes intéressants. C’est toujours de cet article (lisible ici) que je tire le « clan des fourmis » de ce billet, en chinois 蚁族 yǐzú.
Le mot « fourmi » se traduit en fait 蚂蚁 mǎyǐ (vous remarquerez la clé de l’insecte, 虫 chóng, généralement utilisée dans les caractères nombreux et variés utilisés dans les noms d’insectes : 苍蝇 cāngyíng, la mouche ; 螳螂 tángláng, la mante religieuse ; 蝉 chán, la cigale ; 蟑螂 zhāngláng, le cafard…). La fourmi se distincte des autres insectes par un coefficient intellectuel (智商 zhìshāng) assez élevé. Elle est en outre un animal social (群居动物 qúnjū dòngwù). Enfin, prise seule, elle est faible.
C’est pour toutes ces raisons que le néologisme « clan des fourmis » a été inventé pour désigner les « diplômés de l’université aux bas revenus et vivant en groupe » (大学毕业生低收入聚居群体 est la définition officielle, reprise par Baidu). (On parlerait chez nous de « jeunes travailleurs précaires » : 青年打工者 qīngnián dǎgōngzhě.)
Ce mot sert essentiellement à désigner les natifs des années 80 (80后 bāshíhòu), enfants uniques que l’on qualifiait dans leur jeune âge de « petits soleils » (小太阳 xiǎo tàiyáng) ou de « petits empereurs » (小皇帝 xiǎo huángdì), bien mal préparés à affronter le marché du travail et les réalités de la vie quotidienne dans l’Empire du milieu, et qui, fautes de trouver un emploi à la hauteur de leurs espérances et de leurs qualifications, en sont souvent réduits à occuper des emplois précaires et mal rémunérés (les revenus mensuels moyens sont inférieures à 2000 « morceaux » de monnaie du peuple – 2000块人民币 liǎngqiān kuài rénmínbì), dans des secteurs tels que le démarchage d’assurances (保险推销 bǎoxiǎn tuīxiāo), la vente de matériel électronique (电子器材销售 diànzǐ qìcái xiāoshòu), le marketing publicitaire (广告营销 guǎnggào yíngxiāo) ou le service dans la restauration (餐饮服务 cānyǐn fúwù).
Ils vivent en général aux marges des grandes villes prospères dont les loyers restent hors de portée de leurs bourses, et, selon l’endroit qu’ils ont choisi pour essayer de donner raison à la propagande sur les bienfaits de la voie chinoise du socialisme (有中国特色的社会主义 yǒu zhōngguó tèsède shèhuì zhǔyì, littéralement « le socialisme avec des spécificités chinoises), on parle de « fourmis de Pékin » (京蚁 jīngyǐ), de « fourmis de Shanghai » (沪蚁 hùyǐ), de « fourmis de Wuhan » (江蚁 jiāngyǐ), de « fourmis de Xi’an » (秦蚁 qínyǐ), ou encore de « fourmis de Canton » (穗蚁 suìyǐ).
L’expression a semble-t-il été inventée par l’auteur d’un livre éponyme (《蚁族》yǐzú), de Lian Si (廉思 lián sī), né en 1980 à Beijing, membre du Pouêt-Côt-Côt, politologue, économiste et sociologue. La lecture de ce livre consacré aux difficultés, conditions de vie et problèmes divers du clan des fourmis, est à recommander à tous les ignorants qui continuent de louer sans discernement la réussite politique, économique et sociale de la Chine de Hu Jintao (胡锦涛 hú jǐntāo) et consors.

Couverture de l'ouvrage "Le Clan des Fourmis", de Lian Si
Couverture de l’ouvrage “Le Clan des Fourmis”, de Lian Si

Vocabulaire d’actualité (6) : Google jette finalement l’éponge ?

Mardi 23 mars 2010

On apprend aujourd’hui que, malgré les dénégations plus ou moins molles de Google en début d’année, le plus grand moteur de recherche de la planète décide finalement de quitter la Chine. Voyons en peu ce que dit tom.com dans un article paru ce jour (l’article en question est disponible ici).
Le titre : 谷歌将搜索业务转至香港 新闻办网络局就此回应 / Google (谷歌 gǔgē) va transférer ses activités de recherche à Hong-Kong ; la Direction des réseaux du Bureau de l’information réagit
L’autorité gouvernementale chinoise dont il est question ici est la Direction des réseaux (网络局 wǎngluòjú), qui est subordonnée au Bureau de l’information (新闻办公室 xīnwén bàngōngshì, en abrégé 新闻办 xīnwénbàn, dont l’importance stratégique est dénotée par le fait qu’il relève directement du Conseil des Affaires de l’État 国务院 guówùyuàn, et non d’un ministère).
Google explique en fait qu’il se refuse désormais à « filtrer les informations nuisibles » (对有害信息过滤 duì yǒuhài xìnxī guòlǜ). En réaction à cette décision, le responsable de la Direction des réseaux exprime le mécontentement et la colère (不满和愤慨 bùmǎn hé fènkǎi) des autorités.
En janvier dernier déjà, Google avait déclaré ne plus souhaiter exploiter un moteur de recherche Internet (互联网搜索引擎 hùliánwǎng sōusuǒ yǐnqíng) (notez que 引擎 yinqíng est la transcription phonétique du mot anglais « engine »). À l’époque, les autorités chinoises avaient insisté sur le fait que les sociétés étrangères qui travaillent en Chine doivent respecter les lois chinoises (应当遵循中国法律 yīngdāng zūnxún zhōngguó fǎlǜ).
Gageons que cette décision de Google n’aura aucune influence sur la politique du Pouêt-Cot-Cot en matière de censure, et que le principal moteur de recherche chinois (Baidu 百度 bǎidù) doit se réjouir de ces développements. Quant aux Internautes chinois, ce n’est pas encore aujourd’hui qu’ils auront librement accès à des sources d’informations libres.

Page de recherche du google chinois sur Tian'anmen. www.google.cn reste accessible aujourd'hui 23 mars 2010, mais la mention qui disait que, conformément à la loi chinoise, certains résultats ne sont pas affichés, qui était systématiquement ajoutée en bas de page, a disparu.

Page de recherche du google chinois sur Tian'anmen. www.google.cn reste accessible aujourd'hui 23 mars 2010, mais la mention qui disait que, conformément à la loi chinoise, certains résultats ne sont pas affichés, qui était systématiquement ajoutée en bas de page, a disparu.