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Langue populaire et argotique (2) – Que ce soit en Chine ou ailleurs, tous les corbeaux sont noirs(天下乌鸦一般黑)

Vendredi 21 novembre 2008

“Les hommes sont bien tous les mêmes”, soupirait encore il y a quelques jours ma belle et douce Emilie, résignée, me voyant les yeux rivés sur une jeune femme dont la jupe laissait voir une portion non négligeable de ses jambes galbées. Pour être franc, elle n‘a peut-être pas tort : qu’ils soient Chinois, Français ou autres, rares sont ceux dont les yeux restent fixés sur l’horizon bleu des Vosges lorsque passe à leur portée une minette (小妞 xiǎoniū) dont les ressources financières ne lui permettent pas d’acheter suffisamment de tissu pour couvrir ce qui devrait, toujours selon Emilie, rester cacher à la vue.
Pour dire que les Français ne valent pas mieux que les Chinois, Emilie a utilisé l’expression très, très populaire, qui dit mot-à-mot que “sous le ciel, les corbeaux sont généralement noirs” : 天下乌鸦一般黑 tiānxià wūyā yībān hēi.
Décomposons cette expression :
- 天下 tiānxià : littéralement “sous le ciel”. Ce mot désigne tout ce qui est sous le ciel, c’est-à-dire le monde.
- 乌鸦 wūyā : corbeau. En fait, le caractère 鸦 yā tout seul signifie corbeau, mais comme le chinois moderne n’aime pas beaucoup les mots monosyllabiques, on ajoute devant le caractère 鸦 yā le caractère 乌 wū qui signifie “noir” (à ne pas confondre avec 鸟 niǎo, qui signifie “oiseau)/
- 一般 yībān : en général, généralement. Attention, le caractère 一 yī (un), suivi par un caractère également au premier ton, doit se prononcer au quatrième ton (yì)
- 黑 hēi : noir.
Dans l’expression elle-même, rien ne dit qu’elle doit servir exclusivement à qualifier les hommes, mais je ne l’ai jamais entendue appliquée à une femme. Peut-être est-ce parce que les femmes sont parfaites ?

Langue populaire et argotique (1) - La Princesse de la Paix Suprême(太平公主)

Jeudi 20 novembre 2008

En Chine, parler de l’aspect physique d’une femme est considéré comme inconvenant (on ne doit pas 品头论足 pǐntóu lùnzú : littéralement “commenter la tête et discuter des pieds”). Cependant, comme tous les corbeaux du monde entier sont habituellement noirs (天下乌鸦一般黑 tiānxià wūyā yībān hēi : les hommes sont bien tous les mêmes), les Chinois ont inventé une foule d’expressions populaires et/ou argotiques pour décrire le corps féminin.
Et comme, c’est bien connu, on n’a envie que de ce que l’on n’a pas ou que l’on a que difficilement, l’un des caractères physiques qui importe le plus aux hommes chinois est la poitrine de leurs compagnes.
Or, les poitrines des Chinoises se signalent, dans leur majorité, par leur manque de formes. Pour parler trivialement, elles sont désespérément plates, au point qu’il existe en chinois un certain nombre d’expressions imagées (et moqueuses !) pour décrire la regrettable planéité de la poitrine des Chinoises.

Ces poitrines sont souvent comparées à :

- Des pistes d’aéroport : 飞机场 fēijīchǎng, qui signifie en fait “aéroport”. Une piste d’aéroport se dit plus exactement 飞机场跑道 fēijīchǎng pǎodào, mais par souci d’économie, on dit simplement 飞机场 fēijīchǎng. En termes de BTP, on fait en effet rarement plus plat qu’une piste d’aéroport.

- Des canards désossés : 板鸭 bǎnyā. Le canard désossé, littéralement “canard-planche”, est une spécialité culinaire que l’on trouve dans plusieurs villes chinoises, la version la plus célèbre étant celle qui est confectionnée à Nanjing (南京 nánjīng) (Nankin). Le canard est désossé et aplati jusqu’à avoir la forme d’une planche de bois. (Vous saurez tout sur les canards plats de Nankin et d’ailleurs sur la partie encyclopédique de l’un des principaux moteurs de recherche chinois : Baidu (百度 bǎidù). Voir ici.)

Mais mon expression préférée reste celle utilisée dans le titre de ce billet : 太平公主 tàipíng gōngzhǔ, que le sinologue distrait ou manquant du contexte approprié pourrait traduire par “Princesse de la Paix Suprême”. J’ai appris cette expression auprès d’une amie taiwanaise, qui, voulant dire que la chanteuse populaire singapourienne Stéphanie Sun (孙燕姿 sūn yànzī) était, excusez l’expression, “plate comme une limande”, me dit : “又是太平公主一个!”(yòu shì tàipíng gōngzhǔ yīge, “C’est encore une Princesse de la Paix Suprême, celle-là !”) (Si vous voulez juger par vous-même, je vous renvoie encore une fois à Baidu, cette fois sur la page consacrée à Stéphanie Sun, à cette adresse.)
Cette expression mérite une petite explication. Le nom “Princesse de la Paix Suprême” est tout à fait plausible pour une princesse impériale, mais le gredin qui se moque d’une jeune femme un peu maigre, prend le caractère 平 píng dans le sens de “plat” , et non dans le sens de “paix”. Quant au caractère 太 tài, traduit ici par “suprême”, il est utilisé ici pour renforcer le sens de “platitude”.
Méfiez-vous donc si un jour vous entendez parler de 太平公主 : il n’est pas sûr que votre interlocuteur soit un féru d’histoire impériale et vous parle des aventures sentimentales de la fille d’un empereur célèbre !