Articles taggés avec ‘鸡巴’

Langue populaire et argotique (34) : Potron-minet

Lundi 23 novembre 2009

Je bavardais aujourd’hui avec une amie taïwanaise, mariée à un Français de mes meilleurs amis, éminent sinologue et bon vivant, et ayant depuis peu dépassé l’âge où l’on connaît les secrets du ciel (五十而知天命 wǔshí ér zhī tiānmìng, nous dit maître Kong 孔子 kǒngzǐ, plus connu sous nos latitudes sous le nom de Confucius).
Nous parlions médecine et sexualité, et l’amie en question m’expliquait que, en matière d’ébats conjugaux (行房 xíngfáng, dont le Zdic explique qu’il s’agit de « sexual intercourse of husband and wife » : relations sexuelles entre mari et femme, comme si seuls les époux légitimes étaient habilités à commettre le péché de la chair !), au moindre signe de 五点半 wǔdiǎnbàn (5 heures et demie, d’où le titre un tantinet sibyllin du présent billet), son mari s’empressait d’aller voir son vieux rebouteux chinois (老中医 lǎo zhōngyī) pour chercher un remède à sa tragique affection.
Je ne connaissais pas l’expression, mais, contexte aidant, j’en compris immédiatement la signification…
Observons donc une horloge montrant l’heure à laquelle on est habituellement encore dans les bras du fils d’Hypnos :

(L’image vient d’ici : http://www.inew.com/sample/referenceClock.htm.)
La petite aiguille mime la triste posture de la « queue de coq » (鸡巴 jībā, mot très, très vulgaire, rappelons-le, et désignant l’appareil génital masculin, que nous avons déjà vu – le mot, pas l’appareil génital !) vieillissante, fatiguée, ou insensible à une stimulation idoine.
Précisons que 行房 xíngfáng, souvent utilisé comme verbe, a pour cousin 房事 fángshì, « relations sexuelles », qui est un substantif pur et dur. Avec ce même caractère 房 fáng, signifiant « maison », mais aussi « branche familiale », signalons encore 二房 èrfáng, qui signifie non pas « deux maisons », mais concubine (qui se dit aussi 小老婆 xiǎolǎopó, « petite épouse », gentillet, ou encore 二奶 èrnǎi, que nous avons déjà rencontré sur Sinoiseries, voir ici : http://www.sinoiseries.com/WP/?p=191).

Langue populaire et argotique (8) : Noms d’oiseaux

Mercredi 3 décembre 2008

Cela vient de me frapper il y a quelques jours : en français, pour parler d’insultes, on utilise aussi l’expression “noms d’oiseaux”. Or, il s’avère qu’en argot chinois, certains volatiles sont eux aussi malmenés : leurs noms sont détournés et utilisés à des fins peu recommandables.

L’exemple le plus courant est celui du mot qui signifie “poulet, poule, coq” : 鸡 jī.
Utilisé dans un certain contexte, ce nom sert également à désigner une « poule » (dans le sens de prostituée). Ex. : 她是做鸡的。Tā shì zuò jīde. C’est une prostituée.
(Cela me rappelle une photo délicieuse où une jeune occidentale, née probablement pendant l’année du coq, arborait fièrement un T-shirt sur lequel le caractère 鸡 était écrit en grand ! Je connais d’autres exemples similaires. Méfiez-vous des caractères chinois qui sont reproduits sur vos vêtements et accessoires !)

Le caractère 鸡 est aussi utilisé en composition avec d’autres caractères, pour donner par exemple 鸡巴 jībā, littéralement “queue de coq”, qui est en fait un mot très vulgaire, et signifie “pénis”. Dans le même registre, plus gentillet, on trouvera aussi 鸡鸡 jījī, qui signifie “zizi”.

Nous parlions de prostituées un peu plus haut… Les prostitués, ou les gigolos, si vous préférez, sont quant à eux désignés par le nom de “canard”, 鸭 yā. Peut-être le nom 鸭 est-il utilisé par opposition à 鸡 ?

Un peu moins courant, le caractère 鸨 bǎo, qui désigne à l’origine la grande outarde, Otis tarda, peut aussi signifier “mère maquerelle”, lorsqu’il est utilisé sous la forme 鸨儿 bǎo’ér, ou 老鸨 lǎobǎo, ou encore 鸨母 bǎomǔ (attention de ne pas confondre ce dernier mot avec 保姆 bǎomǔ, prononcé exactement de la même façon, mais signifiant “garde d’enfant”, ou “femme de ménage”). Le caractère 鸨 signifiant mère maquerelle se rencontre aussi dans sa version “développée” : 七十鸟 qīshíniǎo.

(Si l’un d’entre vous connaît d’autres noms d’oiseaux, je les ajouterai avec plaisir à cette liste !)